Un vendredi de décembre, visite de la commission de sécurité dans une galerie marchande. Dans une moyenne surface, la commission découvre des palettes stockées derrière les caisses, une allée réduite de moitié par des présentoirs saisonniers et une porte coupe-feu de réserve calée ouverte par un transpalette. Trois observations, un procès-verbal sévère, un exploitant sincèrement surpris : « on a toujours fait comme ça pendant les fêtes ». Le type M pardonne peu, parce qu’il cumule public nombreux, potentiel calorifique élevé et exploitation mouvante.
Le type M regroupe les magasins de vente et les centres commerciaux au sens du règlement de sécurité du 25 juin 1980 (articles M 1 à M 58). La spécificité de la sécurité incendie dans les magasins tient en huit chapitres : seuils d’assujettissement, calcul de l’effectif, rôle pivot de l’extinction automatique à eau, dégagements, désenfumage, réserves, alarme et service de sécurité. Vous saurez lire un projet ou un établissement de type M avec les bons réflexes, et repérer ce qui fâche en commission.
Qui relève du type M ? (article M 1)
L’article M 1 assujettit au chapitre les magasins, locaux ou aires de vente et centres commerciaux dès que l’effectif du public atteint 100 personnes en sous-sol, en étages, en galeries ou en surélévation, ou 200 personnes au total. Sous ces seuils, l’établissement relève de la 5e catégorie et des articles PE — régime allégé décrit dans notre guide du classement des ERP.
Le texte définit aussi le centre commercial : un ensemble de magasins — et éventuellement d’autres exploitations recevant du public — qui sont, pour leur accès et leur évacuation, tributaires de mails clos (M 1, § 2). Sans mail clos, pas de centre commercial au sens réglementaire. Les aires de vente soumises aux intempéries sont dites « à l’air libre » (§ 4) : dotées de dégagements indépendants, leur effectif ne se cumule pas pour le classement.
L’effectif : des densités propres au commerce (article M 2)
Tout part de la surface de vente. Depuis les arrêtés du 13 juin et du 15 novembre 2017, comptez une personne pour 3 m² au sous-sol comme au rez-de-chaussée et au 1er étage, une pour 6 m² au 2e étage, une pour 15 m² au-delà — méfiez-vous des classements qui reposent encore sur les densités d’avant 2017, souvent plus pénalisantes.
Dans les centres commerciaux, le calcul se fait en deux temps : une personne pour 5 m² de surface totale pour les mails, la règle générale pour les locaux de vente — sauf les boutiques de moins de 300 m², décomptées à une personne pour 6 m² quel que soit le niveau. S’y ajoutent les magasins à faible densité (une personne pour 9 m²) et les magasins réservés aux professionnels, sur déclaration contrôlée du chef d’établissement. Pour le mode d’emploi complet, direction le calcul de l’effectif d’un ERP. L’enjeu est lourd : l’effectif commande la catégorie, les unités de passage, l’alarme et le service de sécurité.
L’extinction automatique à eau, pivot du type M
Aucun autre type n’accorde une place aussi structurante au sprinkleur. Premier effet : les exploitations du type M sont des établissements à risques particuliers au sens de l’article CO 6 pour l’isolement vis-à-vis des tiers… sauf lorsqu’elles sont défendues par une installation d’extinction automatique à eau appropriée aux risques, qui les ramène aux risques courants (article M 4) — avec des degrés coupe-feu d’isolement moins sévères à la clé.
Au-delà de 3 000 m² de locaux de vente, mails compris — les aires de vente à l’air libre du § 4 de l’article M 1 exceptées —, l’article M 26 impose de cumuler extincteurs portatifs, robinets d’incendie armés DN 19/6 ou DN 25/8 et extinction automatique à eau. Sous ce seuil, extincteurs et RIA suffisent en 1re, 2e et 3e catégories. Côté dimensionnement, le sprinkleur relève de la classe OH 3 tant que la hauteur de stockage reste dans les limites du § 6.2.2 de la norme NF EN 12845, de la classe HH au-delà (article M 27).
Le sprinkleur déclenche ensuite une cascade d’assouplissements : réserves agrandies (M 49), réserve d’approche portée à 500 m³ (M 16), isolement réserve/vente supprimé pour les exploitations de moins de 300 m² (M 7, § 4), communication possible avec un tiers — à l’exception des types R et U (M 4, § 2), dispense de visite de réception — et non simple allègement — pour les exploitations de moins de 300 m² d’un centre en exploitation, à condition que les rapports de vérifications techniques concluent à la conformité et soient transmis par le responsable unique de sécurité au secrétariat de la commission avant la date d’ouverture (M 1, § 3). En pratique, mieux vaut arbitrer ce point dès la faisabilité : il dessine l’économie du projet.
L’extinction automatique à eau conditionne l’isolement, la capacité des réserves et plusieurs allègements d’exploitation : première décision structurante d’un projet de type M.
Centres commerciaux : un groupement sous responsable unique
Un centre commercial constitue un groupement d’établissements au sens de l’article GN 2 et de l’article R. 143-21 du code de la construction et de l’habitation (M 1, § 3) : un classement d’ensemble, des installations communes et un responsable unique de sécurité (RUS), qui annexe au registre de sécurité un schéma d’organisation globale — dimensionnement du service de sécurité, actions prioritaires, modalités d’évacuation générale (article M 31).
La distribution intérieure suit le risque : parois incombustibles entre exploitations, coupe-feu d’un degré égal à la stabilité au feu de la structure (minimum une demi-heure, article M 7) — mais aucune résistance au feu exigée pour les parois donnant sur le mail. Les kiosques et animations dans les mails supposent l’accord écrit du responsable unique, sans réduire les largeurs de dégagement (article M 8) ; l’éclairage de sécurité des mails et des exploitations de plus de 700 personnes exige une source centralisée à batterie d’accumulateurs (article M 24).
Dégagements : caisses, chariots et distances
Le type M adapte les articles CO à la réalité du commerce. Les passages entre caisses comptent comme dégagements normaux s’ils sont rectilignes et larges d’au moins 0,60 m ; un groupe de caisses de 22 m ou plus est contourné par des dégagements de deux unités de passage à chaque extrémité, complétés tous les 22 m (article M 9). Tourniquets admis seulement s’ils s’effacent sous simple poussée ; portiques antivol espacés de 0,90 m libre au droit des sorties.
L’usage de chariots majore les circulations : quatre unités de passage en allée principale et trois en secondaire à partir de 701 personnes, trois et deux en dessous (article M 10). Dans les centres, l’article M 11 fixe les distances maximales : 50 m au rez-de-chaussée avec choix entre plusieurs dégagements (30 m sinon), 40 m en étage ou sous-sol (30 m sans choix). Dans tous les cas, la distance tombe à 30 m pour rejoindre un escalier non protégé lorsqu’un tel escalier est autorisé. Chaque exploitation de plus de 50 personnes dispose en outre de dégagements indépendants des mails : un dégagement accessoire de 51 à 300 personnes, un dégagement normal de deux unités de passage de 301 à 700, les deux tiers du nombre et de la largeur des dégagements normaux au-delà. Ne lisez pas cette règle sans ses deux soupapes, sous peine de sur-dimensionner un projet : de 20 à 50 personnes, une seule sortie de deux unités ouvrant sur le mail suffit (atténuation à CO 38, § 1) ; et de 51 à 700 personnes, une exploitation située au centre d’un mail peut garder tous ses dégagements sur le mail à trois conditions cumulatives — accès au mail direct ou par un dégagement protégé, l’un des dégagements débouchant sur une partie diamétralement opposée du mail et dans un autre canton de désenfumage, l’ensemble de l’établissement étant protégé par une extinction automatique à eau. Côté escaliers, l’absence de protection n’est admise que pour un étage sur rez-de-chaussée (article M 12).
Désenfumage : des locaux en classe 3
Pour le désenfumage, les locaux du type M relèvent de la classe 3 de l’annexe de l’instruction technique 246 — la plus défavorable, cohérente avec le potentiel calorifique du commerce (article M 18). Les mails sont désenfumés comme des locaux de plus de 1 000 m² ; les boutiques de moins de 300 m² donnant sur un mail sont dispensées de désenfumage et d’écran de cantonnement, leur surface n’entrant pas dans le calcul du mail.
Les magasins à niveaux réunis par trémies (article M 6) se traitent comme un volume unique de plus de 1 000 m² ; les mails multiniveaux sont recoupés en cantons tous les 60 m. Dans les autres cas, chaque niveau est désenfumé mécaniquement, seul le niveau supérieur pouvant rester en naturel (article M 19). Le choix entre tirage naturel et extraction mécanique est arbitré dans notre comparatif désenfumage naturel ou mécanique selon l’IT 246. Particularité appréciable : les commandes des dispositifs de désenfumage ne sont pas obligatoirement automatiques (M 18, § 4).
Réserves et locaux à risques
Le stock est le combustible du commerce. La réserve d’approche d’abord : un volume non isolé de la vente, affecté aux besoins journaliers, limité à 300 m³ (500 m³ avec sprinkleur), une dimension au sol d’au plus 6 m, 8 m entre réserves d’un même niveau, surface totale plafonnée, niveau par niveau, au dixième de la superficie des locaux de vente de ce niveau, aménagement ne faisant pas obstacle à l’évacuation des fumées, et mention « Sans issue, interdit au public » apposée à l’entrée de chacune (article M 16). Outil précieux — et le plus détourné : la réserve d’approche qui enfle devient une réserve non déclarée, donc un local à risques importants non isolé.
Les réserves sont des locaux à risques importants (article M 47), comme les locaux d’emballage — limités à 100 m³, ou 300 m³ avec sprinkleur (article M 48). Capacité unitaire : 1 500 m³ en sous-sol ou avec public au-dessus, 3 000 m³ au rez-de-chaussée sans public au-dessus ; l’extinction automatique porte ces volumes à 5 000 et 10 000 m³ (article M 49). Les communications directes avec la vente restent possibles, par dérogation à l’article CO 28, avec des portes coupe-feu de degré une heure à fermeture automatique asservie à une détection. En sous-sol, sans deux escaliers ni sprinkleur, une trémie d’attaque de 60 cm de côté ou de diamètre par réserve est ménagée dans les planchers hauts (article M 56). Les principes généraux sont posés dans notre dossier sur les locaux à risques en ERP.
Alarme, SSI et service de sécurité
Contrairement à une idée répandue, le type M n’exige pas de SSI de catégorie A : l’article M 30 impose un SSI de catégorie B en 1re catégorie, un SSI C, D ou E en 2e — la commission pouvant exiger la catégorie A par avis motivé. L’équipement d’alarme suit la même pente (article M 32) : type 2a en 1re catégorie, 2b en 2e, 3 en 3e, 4 en 4e. Dans les centres commerciaux, déclencheurs manuels et diffuseurs équipent le mail et toutes les exploitations dont la surface accessible au public dépasse 300 m² (M 32, § 2) ; s’il existe une sonorisation, elle doit permettre la diffusion phonique de l’alarme, et un tel système est en tout état de cause obligatoire en 1re catégorie (M 32, § 3). L’article M 57 ajoute une extension souvent oubliée : l’équipement d’alarme couvre aussi les locaux non accessibles au public — réserves et locaux sociaux compris.
Le service de sécurité incendie bascule à 4 000 personnes : en dessous, des agents désignés et entraînés ; au-delà, la surveillance relève de l’article MS 46, avec un barème propre au type M — de 3 agents dont un SSIAP 2 (4 001 à 6 000 personnes) à 11 agents au-delà de 27 000 — auquel s’ajoute, au-dessus de 9 000 personnes, un chef de service SSIAP 3 (article M 29). Deux souplesses à connaître : hors le chef d’équipe et l’agent de sécurité, les autres agents SSIAP peuvent être employés à d’autres tâches concourant à la sécurité globale, et le poste de sécurité incendie peut être mutualisé avec le poste de sûreté.
| Sujet | Règle de base | Avec extinction automatique à eau | Article |
|---|---|---|---|
| Assujettissement au type M | ≥ 100 pers. en sous-sol/étage ou ≥ 200 au total | — | M 1 |
| Densité (règle générale) | 1 p/3 m² (SS, RDC, 1er), 1 p/6 m² (2e), 1 p/15 m² au-delà | — | M 2 |
| Mails / boutiques < 300 m² | 1 p/5 m² / 1 p/6 m² | — | M 2 |
| Isolement vis-à-vis des tiers | Risques particuliers | Risques courants | M 4, CO 6 |
| Moyens d’extinction | Extincteurs + RIA (≤ 3 000 m², 1re-3e cat.) | Obligatoire > 3 000 m² de vente (+ extincteurs + RIA) | M 26 |
| Réserve d’approche | 300 m³, dimension ≤ 6 m, 1/10 de la vente | 500 m³ | M 16 |
| Réserves (capacité unitaire) | 1 500 m³ / 3 000 m³ selon configuration | 5 000 m³ / 10 000 m³ | M 49 |
| SSI / alarme (1re cat.) | SSI B — équipement d’alarme 2a | — | M 30, M 32 |
| Service de sécurité | Agents désignés < 4 000 pers., SSIAP au-delà (3 à 11 agents) | — | M 29 |
La gradation du type M : plus l’effectif monte, plus l’équipement d’alarme, le SSI et le service de sécurité se renforcent.
Ce que ça implique pour vous
- Maître d’ouvrage : tranchez la question de l’extinction automatique à eau dès la faisabilité — elle commande l’isolement, les réserves, la réception des cellules et le coût d’exploitation. Au-delà de 3 000 m² de vente, ce n’est plus un choix.
- Architecte / maître d’œuvre : vérifiez tôt les dégagements indépendants des cellules (M 11), les largeurs majorées pour chariots et la protection des escaliers — ce sont des mètres carrés et des façades, pas du second œuvre.
- Exploitant / préventionniste : surveillez les trois dérives classiques — réserve d’approche qui déborde, dégagements encombrés en période de forte activité, portes coupe-feu calées — et tenez à jour le schéma d’organisation de la sécurité (M 31).
Questions fréquentes
Quel est l’effectif d’un magasin de 400 m² de plain-pied ?
Avec la règle générale de l’article M 2 (une personne pour 3 m² au rez-de-chaussée), 400 m² de vente donnent environ 133 personnes : en dessous des seuils de l’article M 1 (200 au total), l’établissement reste en 5e catégorie et applique les articles PE, pas les articles M.
Le sprinkleur est-il obligatoire dans un magasin ?
Il le devient lorsque la superficie des locaux de vente, mails compris, dépasse 3 000 m² (article M 26 a). En dessous, il reste souvent choisi volontairement : il ramène l’établissement aux risques courants pour l’isolement, augmente les capacités de réserves et facilite l’exploitation d’un centre commercial.
Une boutique dans un centre commercial doit-elle être désenfumée ?
Pas si sa superficie totale, réserves d’approche comprises, est inférieure à 300 m² et qu’elle donne sur un mail : l’article M 18 la dispense de désenfumage et d’écran de cantonnement. Au-delà de 300 m², elle est désenfumée selon l’IT 246.
Qui est responsable de la sécurité dans un centre commercial ?
Le centre est un groupement d’établissements (articles M 1 et GN 2) placé sous un responsable unique de sécurité, désigné en application de l’article R. 143-21 du CCH. Il répond des installations communes et annexe au registre le schéma d’organisation globale (article M 31). Chaque exploitant reste responsable de sa cellule.
Quelles largeurs d’allées pour un magasin avec chariots ?
À partir de 701 personnes : quatre unités de passage pour les circulations principales, trois pour les secondaires. En dessous : trois et deux. Les chariots ne doivent pas dépasser 0,60 m de large et se stockent sur des emplacements matérialisés hors des dégagements (article M 10).
Références : articles M 1 à M 58 du règlement de sécurité (arrêté du 25 juin 1980 modifié, notamment par les arrêtés du 13 juin 2017, du 15 novembre 2017 et du 19 décembre 2017) ; articles GN 2, CO 6, CO 28 ; article R. 143-21 du code de la construction et de l’habitation ; instruction technique 246 ; norme NF EN 12845.









