Réunion de lancement dans une communauté de communes. Le chargé de mission énergie déroule le plan de calepinage de l’installateur : 900 m² de panneaux sur le gymnase intercommunal, la toiture couverte d’un bord à l’autre. Le responsable des bâtiments regarde le plan, puis pose une seule question : « Et les exutoires de désenfumage, on y accède par où ? » Personne n’a la réponse. Personne ne sait non plus quel texte la donne.
Le photovoltaïque en toiture d’ERP se généralise, poussé par les obligations de solarisation et par le prix de l’électricité. Cet article fait le point sur les règles de sécurité incendie qui l’encadrent : le texte de référence, la coupure du courant continu, l’implantation en toiture, le local onduleur, la signalétique et ce qu’il faut tenir à jour en exploitation.
Photovoltaïque et incendie : ce que disent les retours d’expérience
Les panneaux mettent rarement le feu. Ils compliquent presque toujours son extinction. C’est la leçon du flash publié en septembre 2025 par le bureau d’analyse des risques et pollutions industriels (BARPI) : sur 141 événements recensés en toiture d’installations classées, l’incendie représente environ 98 % des cas, mais l’installation photovoltaïque n’en est la cause première que dans 20 % des cas. Ces chiffres portent sur des sites industriels et agricoles, pas sur des ERP. Le mécanisme, lui, est le même.
Pourquoi l’intervention est-elle plus difficile ? Parce qu’un module produit du courant continu dès qu’il reçoit de la lumière. Couper le disjoncteur général n’y change rien : les câbles qui descendent du toit vers l’onduleur restent sous tension. Le BARPI relève le risque d’électrisation à l’extinction et au déblai, la difficulté d’isoler électriquement les panneaux, des effondrements de toiture et, souvent, l’obligation d’attaquer le feu par l’extérieur.
L’actualité l’illustre. Le 1er octobre 2026, un feu de poubelles allumé devant un lycée nantais a gagné la façade puis les combles, sous une toiture équipée de panneaux, selon le récit des secours rapporté par la presse locale. Les panneaux n’y sont pour rien dans le départ de feu. Ils se sont simplement trouvés sur son chemin.
La partie en courant continu reste alimentée par les modules tant qu’il fait jour. Toute la doctrine applicable aux ERP découle de ce constat.
Photovoltaïque en toiture d’ERP : quel texte s’applique ?
Cherchez le mot « photovoltaïque » dans le règlement de sécurité du 25 juin 1980 : il n’y figure pas. Le règlement traite l’installation comme n’importe quelle installation électrique. L’article EL 4 exige qu’elle soit réalisée de façon à prévenir les risques d’incendie ou d’explosion d’origine électrique, et présume cette exigence satisfaite par le respect de la norme NF C 15-100.
La référence propre au photovoltaïque vient de la commission centrale de sécurité. Un premier avis, le 5 novembre 2009, préconise de transmettre un dossier au service prévention du service d’incendie et de secours avant toute installation, sur un bâtiment existant comme en projet, puis de le prévenir de la mise en place effective. Un second, au relevé des avis du 7 février 2013, donne un avis favorable à la création d’une « instruction technique relative aux installations photovoltaïques ».
Un avis, pas un arrêté
Cette instruction n’a pas été intégrée au règlement. Elle n’a donc pas la force d’un article CO ou EL. Mais elle sert de base aux doctrines des services départementaux d’incendie et de secours, et c’est elle que la commission de sécurité aura en tête en lisant votre dossier. Son préambule en fixe la portée : ses dispositions complètent les règlements applicables à chaque type de construction. Elle précise aussi que les canalisations de l’installation ne sont pas des canalisations étrangères au bâtiment, celles que l’article EL 4 interdit de faire traverser l’établissement sans protection.
En pratique, nous recommandons de consulter le service prévention dès l’esquisse. Chaque département a sa lecture, parfois sa fiche technique. Et si la pose s’accompagne d’autres travaux, la question d’une autorisation de travaux se pose avec votre mairie avant de signer le marché.
Couper le courant continu : la question centrale
L’objectif est simple : qu’un sapeur-pompier puisse entrer dans le bâtiment sans risquer le choc électrique. L’avis de 2013 y répond, à son paragraphe 2.2, par des dispositifs de coupure pour l’intervention des secours. Leurs commandes sont regroupées en un même lieu, avec celle de la coupure du réseau de distribution. La coupure du circuit continu est pilotée à distance. Elle s’effectue au plus près des modules, et en tout état de cause en amont des locaux et dégagements accessibles au public. Un report d’information, placé à côté de la commande, témoigne de la mise hors tension effective.
Dans un bâtiment existant, le texte est plus souple. Les commandes peuvent ne pas être regroupées, à condition de poser une signalétique appropriée. La coupure peut aussi être mécanique ou pneumatique, accessible de plain-pied depuis l’extérieur.
Et sans coupure ?
L’absence de coupure est admise si l’une de cinq dispositions est respectée. Toutes reviennent à la même idée : aucun câble sous tension là où le public et les secours circulent. Câbles en extérieur, sous protection mécanique s’ils sont accessibles, et jamais à l’horizontale sous un ouvrant. Onduleurs dehors, près des modules. Cheminement technique protégé, coupe-feu du degré de stabilité du bâtiment avec un minimum de 30 minutes. Câbles cantonnés au volume des onduleurs. Ou tension de chaîne inférieure à 60 V.
Le choix se fait à la conception : il conditionne le tracé des câbles, l’emplacement des onduleurs et la signalétique destinée aux secours.
L’erreur classique ? Loger les onduleurs dans le local électrique du rez-de-chaussée parce qu’il y a de la place, et faire descendre les câbles par la gaine la plus proche. Le courant continu traverse alors tout le bâtiment, circulations comprises.
Implantation en toiture : cheminements, champs, désenfumage
Premier principe, posé au paragraphe 3 de l’avis : l’installation respecte toutes les dispositions applicables au bâtiment. Accessibilité, isolement par rapport aux tiers, couvertures, façades, règle du C+D, désenfumage, stabilité au feu. Les panneaux ne dispensent de rien. Ils ne doivent pas davantage dégrader la protection de la couverture contre un feu extérieur, que les articles CO 16 et CO 17 imposent dès que le voisin est à 12 mètres ou moins. Aucun élément ne doit être accessible depuis un bâtiment tiers.
Viennent ensuite les passages. La périphérie de la toiture reste libre de tout organe photovoltaïque sur une largeur praticable de 0,90 m. Un cheminement de même largeur dessert les installations techniques qui ne sont pas dans un local : exutoires, moteurs de désenfumage, ventilations. Pour celles-ci, l’accès fait le tour de l’équipement. Voilà la réponse à la question du gymnase. Un exutoire de désenfumage cerné de panneaux n’est plus un équipement que l’on vérifie ni que l’on répare.
Enfin, la surface. Un champ ne dépasse pas 300 m², avec une longueur maximale de 30 m, et deux champs sont séparés par un cheminement de 0,90 m. Le texte ajoute un détail qui en dit long : ces passages ne comportent aucune installation factice. Pas de faux panneau pour l’esthétique.
Lecture de l’avis du 7 février 2013, paragraphes 3.1.1, 3.1.2 et 3.1.4. Le calepinage se dessine à partir des passages, pas l’inverse.
Façades, ombrières et solidité
En façade, une distance de 2 mètres sépare l’installation des baies accessibles aux secours visées à l’article CO 3, et les éléments conducteurs se tiennent à 2 mètres au moins au-dessus des ouvrants de désenfumage. Le procédé ne doit pas goutter (classement d0). Les ombrières et toitures abritant un volume accessible aux personnes disposent d’un dispositif abaissant la tension sous 60 V, et leur structure est au minimum B-s3, d0. À la fin des travaux, deux attestations sont fournies : le bon montage par l’installateur, et la solidité à froid par un homme de l’art ou un organisme agréé lorsque les textes l’exigent.
Local onduleur, signalétique et dossier technique
Le local onduleur, lorsqu’il existe, est isolé du reste du bâtiment. Parois verticales et planchers hauts coupe-feu de degré une heure (REI 60), portes coupe-feu de degré une demi-heure (EI 30). Si aucune stabilité au feu n’est exigée pour le bâtiment, des parois REI 30 suffisent. Le local est identifié et muni d’un moyen d’extinction adapté au risque électrique.
La signalétique est faite pour quelqu’un qui découvre le bâtiment de nuit, dans la fumée. Que doit-il trouver ?
- Un plan schématique de l’installation, près de l’appareil général de commande et de protection (AGCP) de la production.
- Le pictogramme du risque photovoltaïque à l’accès des secours, aux accès des locaux techniques concernés et sur les câbles en courant continu, tous les 5 mètres.
- Les locaux onduleurs reportés sur les plans d’intervention du bâtiment.
- La nature et l’emplacement de l’installation dans les consignes de protection contre l’incendie.
Reste le dossier technique. Il est présent dans l’établissement, conservé dans le local onduleur ou, à défaut, dans le local électrique principal. L’installateur y atteste le respect du guide UTE C 15-712-1, ou démontre que son installation atteint l’objectif de prévention. Sur le terrain, ce dossier est le premier document que nous demandons. Il manque souvent.
Après la pose : vérifications, maintenance et travaux
Une centrale en toiture est une installation électrique de l’établissement. Elle entre donc dans le droit commun du règlement. L’article EL 19 soumet les installations neuves ou modifiées à une vérification de conformité, dans les conditions des articles GE 7 et GE 8 : c’est le rapport de vérification après travaux. Il impose ensuite une vérification annuelle. L’article EL 18 demande que les défectuosités et les défauts d’isolement soient réparés dès leur constatation.
Pour la maintenance, l’avis de 2013 renvoie aux opérations décrites par les guides UTE C 15-712-1 et C 15-712-2. Le retour d’expérience du BARPI ajoute trois réflexes concrets : surveiller l’installation pendant le chantier et les semaines qui suivent la mise en service, protéger les câbles des rongeurs, et écrire une procédure d’intervention avec le mainteneur, le gestionnaire du réseau et les secours.
Le chantier lui-même est un moment à risque. Une pose en toiture sur un établissement ouvert suppose un phasage, et parfois un permis de feu si l’étanchéité est reprise au chalumeau.
L’essentiel de l’avis de 2013 en un tableau
| Sujet | Ce que prévoit l’avis du 7 février 2013 | Paragraphe |
|---|---|---|
| Coupure pour les secours | Commandes regroupées avec la coupure du réseau, coupure du continu pilotée à distance, report de mise hors tension | 2.2 § 1 |
| Absence de coupure du continu | Admise si l’une des cinq dispositions constructives est respectée | 2.2 § 2 |
| Périphérie de la toiture | 0,90 m libre de tout organe photovoltaïque, câbles exceptés | 3.1.1 |
| Installations techniques en toiture | Cheminement de 0,90 m, pourtour compris pour les équipements hors local | 3.1.2 |
| Champs de panneaux | 300 m² au plus, 30 m de long au plus, séparés par 0,90 m | 3.1.4 |
| Façade | 2 m des baies visées à l’article CO 3, 2 m au-dessus des ouvrants de désenfumage, classement d0 | 3.2 |
| Local onduleur | Parois et planchers hauts REI 60, portes EI 30, moyen d’extinction adapté | 4.1 |
| Signalétique | Plan près de l’AGCP, pictogramme aux accès et tous les 5 m sur les câbles, mention dans les consignes | 2.3 |
Ce que ça implique pour vous
- Maître d’ouvrage : inscrivez l’avis de 2013 et la consultation du service prévention dans le cahier des charges, avant de comparer des puissances et des prix. Exigez le dossier technique et les deux attestations à la réception. Si la loi vous impose de solariser, vérifiez d’abord ce que la toiture peut réellement recevoir.
- Architecte et maître d’œuvre : dessinez les cheminements et l’accès aux exutoires avant le calepinage. Fixez tôt l’emplacement des onduleurs et le tracé des câbles en courant continu. Décrivez l’installation dans la notice de sécurité.
- Exploitant et préventionniste : mettez à jour les plans d’intervention et les consignes, faites vérifier l’installation chaque année avec le reste de l’électricité, et classez le tout au registre de sécurité. Un panneau ajouté plus tard sur un cheminement est une non-conformité.
Questions fréquentes
Faut-il consulter les pompiers avant de poser des panneaux solaires sur un ERP ?
C’est ce que préconise la commission centrale de sécurité dans son avis du 5 novembre 2009 : un dossier transmis pour avis au service prévention avant toute installation, puis une information à la mise en service. Ce n’est pas un article du règlement, mais c’est la pratique attendue, et elle évite de reprendre un chantier terminé.
Quelle largeur de passage laisser autour des panneaux photovoltaïques en toiture ?
L’avis de 2013 retient 0,90 m : en périphérie de la toiture, entre deux champs, et pour accéder aux installations techniques. Certaines fiches départementales plus anciennes citent d’autres valeurs. Vérifiez la doctrine de votre service d’incendie et de secours.
Les panneaux produisent-ils encore du courant une fois le disjoncteur général coupé ?
Oui, tant qu’ils reçoivent de la lumière. La coupure générale isole le bâtiment du réseau et arrête la partie en courant alternatif. Les câbles entre les modules et l’onduleur restent sous tension, sauf coupure dédiée placée près des modules.
Les ombrières photovoltaïques de parking suivent-elles les mêmes règles ?
L’avis de 2013 les traite au titre des installations en sous-face. Elles doivent pouvoir abaisser la tension sous 60 V, et leur structure présente une réaction au feu au minimum B-s3, d0. Elles sont en revanche dispensées des cheminements de 0,90 m prévus pour les toitures.
Références : règlement de sécurité du 25 juin 1980, articles CO 3, CO 16, CO 17, EL 4, EL 18, EL 19, GE 7 et GE 8 ; commission centrale de sécurité, avis du 5 novembre 2009 et relevé des avis du 7 février 2013 (point 4-4, instruction technique relative aux installations photovoltaïques) ; guides UTE C 15-712-1 et C 15-712-2 ; normes NF C 15-100 et NF C 14-100 ; BARPI, flash ARIA « Photovoltaïque en toiture des installations industrielles et agricoles » (septembre 2025).









