Calfeutrement des traversées de parois coupe-feu : PV, EI et pièges de chantier

Calfeutrement des traversées de parois coupe-feu : PV, EI et pièges de chantier

Fin de chantier dans une école élémentaire rénovée pendant l’été. Le contrôleur technique soulève une dalle de plafond suspendu, éclaire la paroi et se tait quelques secondes. Trois gaines neuves traversent le mur, la réservation a été bourrée de laine de verre, un peu de plâtre par-dessus. Le conducteur de travaux du lot chauffage est formel : « c’est rebouché ». Il a raison sur le mot, tort sur tout le reste.

Le calfeutrement des traversées de parois coupe-feu est le poste le plus discret d’une opération : personne ne le prescrit vraiment, tout le monde le découvre à la réception. Cet article vous donne ce que dit le règlement des ERP sur les conduits et les gaines, comment lire un classement EI, ce qu’un procès-verbal couvre réellement, et ce qui change au 1er octobre 2026.

Ce qu’une traversée fait à une paroi coupe-feu

Le règlement est explicite sur l’objectif : les dispositions relatives à la distribution intérieure ont pour objet de limiter la propagation du feu et des fumées à travers la construction (article CO 23). Une paroi coupe-feu n’est donc pas un objet décoratif, c’est une durée : le temps pendant lequel l’incendie reste d’un côté. Et cette durée s’effondre au premier trou non traité.

Le texte va plus loin : les parois verticales auxquelles un degré de résistance au feu est imposé doivent être construites de plancher à plancher (article CO 26 § 1). La continuité est donc la règle, et chaque percement une entorse qu’il faut réparer. Une trémie bourrée de laine de verre laisse passer les fumées froides en quelques secondes, puis les gaz chauds : la paroi n’a plus de degré, elle en a le souvenir.

Le même article CO 26 s’intitule d’ailleurs « recoupement des vides », et son § 2 vise précisément l’espace où se jouent la plupart des litiges : les combles inaccessibles et l’intervalle entre le plancher et le plafond suspendu doivent être recoupés par des éléments en matériaux de catégorie M 0 ou par des parois pare-flammes de degré un quart d’heure, en cellules de 300 mètres carrés au plus dont la plus grande dimension n’excède pas 30 mètres. Le recoupement n’est pas exigé si ces vides sont protégés par un réseau fixe d’extinction automatique à eau, ou s’ils se trouvent à l’intérieur d’un compartiment au sens de l’article CO 25. Regardez au-dessus des dalles avant de conclure qu’une paroi monte bien jusqu’au plancher haut.

Retenez le point qui change tout dans la lecture des documents : la performance ne se mesure jamais sur le produit seul. Elle se mesure sur un système complet, paroi + élément traversant + calfeutrement. Le même mastic vaut EI 120 sur une trémie de béton traversée par un tube métallique et rien du tout sur une cloison sèche traversée par un chemin de câbles chargé.

Les trois traversées types d’une paroi coupe-feu et leur calfeutrement Une paroi coupe-feu ne vaut que ce que valent ses traversées Face exposée au feu flammes, fumées, chaleur Face non exposée critère E et critère I PAROI EI 1. Chemin de câbles panneau revêtu d’un produit intumescent ou ablatif 2. Tube plastique collier ou manchon intumescent, qui gonfle quand le tube fond 3. Conduit métallique mortier ou mastic coupe-feu en doré : le calfeutrement, qui rétablit le degré coupe-feu de la paroi percée

Les trois configurations que l’on retrouve sur presque tous les chantiers. Dans chacune, c’est le calfeutrement — et lui seul — qui rétablit le degré de la paroi.

Ce que le règlement ERP exige, article par article

La section VIII du chapitre CO traite des conduits et des gaines, et commence par poser un vocabulaire mal maîtrisé sur le terrain. Le conduit est un volume fermé servant au passage d’un fluide, la gaine un volume fermé généralement accessible renfermant un ou plusieurs conduits, le coffrage un habillage sans qualité de résistance au feu et qui ne relie pas plusieurs locaux ou niveaux — cette seconde condition est ce qui sépare un coffrage d’une gaine, et elle s’oublie souvent. Surtout, l’article CO 30 définit le coupe-feu de traversée comme le temps réel pendant lequel une gaine ou un conduit franchissant une paroi satisfait au critère exigé entre les deux locaux — critère à respecter jusqu’à la prochaine paroi coupe-feu franchie.

Vérifiez d’abord de quel conduit vous parlez. Le § 1 de l’article CO 30 écarte expressément les conduits de ventilation, d’évacuation des produits de la combustion et de gaz du champ des articles CO 31 et CO 32 : ceux-là relèvent des chapitres IV et V, et les gaines de canalisations de gaz combustibles du chapitre VI. Autrement dit, la grille de diamètres qui suit ne s’applique ni à une gaine de soufflage, ni à un conduit de fumée. La confusion est fréquente en réunion de chantier, et elle fait citer le mauvais article des deux côtés de la table. Ce que vise la section VIII, ce sont les conduites d’eau en charge ou d’eau usée, les vide-ordures, les monte-charge et les descentes de linge. Accessoirement, l’article CO 30 § 3 impose des conduits en matériaux de catégorie M 4 et des coffrages en catégorie M 3.

Les diamètres qui font basculer l’exigence

L’article CO 31 raisonne par diamètre nominal, pour les conduits traversant un local à risques courants ou moyens. Aucun degré n’est exigé pour les conduites d’eau en charge, quel que soit le diamètre, ni pour les autres conduits de diamètre inférieur ou égal à 75 millimètres. Au-dessus de 75 et jusqu’à 315 millimètres inclus, il faut un pare-flammes de traversée 30 minutes, ramené à un coupe-feu de traversée 15 minutes pour les conduits horizontaux. Si le conduit ne respecte pas ces exigences, ou si son diamètre dépasse 315 millimètres, il doit être placé dans une gaine en matériaux incombustibles coupe-feu de traversée égale au degré de la paroi franchie, avec un maximum de soixante minutes, ou équipé d’un dispositif d’obturation automatique.

Le § 3 comporte une présomption que beaucoup de dossiers ignorent, et qui économise des justifications : l’exigence de pare-flammes de traversée 30 minutes est réputée satisfaite pour les conduits métalliques dont le point de fusion dépasse 850 °C, et pour les conduits en PVC classés B-s3, d0 admis à la marque NF Me de diamètre nominal inférieur ou égal à 125 millimètres, à condition qu’ils reçoivent l’épaisseur renforcée décrite au § 8 — un renforcement en PVC de même marque, d’épaisseur au moins égale à celle du conduit, et d’une longueur au moins égale à l’épaisseur de la paroi augmentée d’un diamètre. Ce renforcement tombe lui-même dans trois cas : bâtiments à simple rez-de-chaussée, bâtiments où l’encloisonnement des escaliers n’est pas exigé, et parois de locaux non réservés au sommeil. Une présomption ne joue que dans un sens : elle vous dispense de produire un procès-verbal, elle n’interdit rien d’autre.

Deux détails passent à la trappe. Lorsque la gaine imposée par le § 4 est verticale, elle doit être recoupée horizontalement dans la traversée des planchers tous les deux niveaux par des matériaux incombustibles, ses trappes de visite éventuelles étant pare-flammes de degré une demi-heure (CO 31 § 4) : la règle vise cette gaine-là, pas n’importe quelle gaine verticale du bâtiment. Et deux conduits voisins doivent être disposés séparément, avec une distance entre axes au moins égale à la somme de leurs diamètres nominaux, sauf si le conduit est pare-flammes de traversée trente minutes ou placé dans une gaine conforme au § 4 (CO 31 § 7) : c’est la règle qui condamne les grappes de tubes rebouchées d’un seul geste.

Article CO 31 : quelle exigence selon le diamètre nominal du conduit CO 31 — conduit traversant un local à risques courants ou moyens Quel est le diamètre nominal du conduit ? Ø ≤ 75 mm Aucun degré exigé Idem pour les conduites d’eau en charge, quel que soit leur diamètre 75 < Ø ≤ 315 mm Pare-flammes de traversée 30 min Conduits horizontaux : coupe-feu 15 min admis Ø > 315 mm Gaine incombustible CF de traversée égal au degré de la paroi, 60 min au plus — ou obturateur idem si le § 3 n’est pas tenu Les deux cas qui écrasent le tableau Paroi séparant l’ERP d’un tiers : coupe-feu de traversée égal au degré de la paroi franchie. Local à risques importants traversé sans être desservi : même règle (CO 32).

L’arbre de décision de l’article CO 31. Les deux cas du bandeau bas priment : ils imposent le degré de la paroi, sans plafond à 30 minutes. Rappel du champ : ni la ventilation, ni les conduits de fumée, ni le gaz n’entrent dans cet arbre (CO 30 § 1).

Les parois qui ne souffrent aucune tolérance

Entre niveaux, les exigences ci-dessus s’appliquent à toutes les traversées de plancher. À l’intérieur d’un même niveau, elles ne sont imposées que dans quatre cas : les parois de recoupement des circulations horizontales de grande longueur encloisonnées, celles que l’article CO 24 § 1 c fait recouper tous les 25 à 30 mètres ; les parois de secteurs et les parois de compartiments, au sens des articles CO 24 et CO 25 ; et les parois des locaux réservés au sommeil (CO 31 § 5). Ce filtre explique beaucoup de désaccords de chantier : non, tout ne se calfeutre pas, mais ce qui doit l’être ne souffre pas d’approximation.

Deux situations sortent du régime général. Quand le conduit ou la gaine traverse une paroi séparant l’ERP d’un tiers, le coupe-feu de traversée doit être égal au degré coupe-feu de la paroi franchie (CO 31 § 6) : ici, plus de plafond à soixante minutes. Même logique pour les locaux à risques particuliers : au-delà de 125 millimètres, un conduit qui traverse un local à risques importants sans le desservir doit offrir le degré de la paroi franchie (CO 32 § 2 a). S’il dessert ce local, en revanche, il repasse sous le régime de l’article CO 31 (CO 32 § 2 b), et en deçà de 125 millimètres l’article CO 31 s’applique tel quel (CO 32 § 1). Quant à la paroi séparant l’ERP d’un tiers, elle porte la même exigence dans les deux articles — CO 31 § 6 et CO 32 § 3 — ce qui vaut aussi bien du côté des risques courants que des risques importants. Les parois d’isolement entre exploitations sont, de très loin, celles sur lesquelles les commissions sont les plus fermes.

E, I, EI : lire le classement d’un calfeutrement

Deux lettres, deux performances distinctes. E désigne l’étanchéité au feu : l’élément résiste à une exposition sur une seule face sans laisser passer les flammes ni les gaz chauds. I désigne l’isolation thermique : il empêche le transfert de chaleur vers la face non exposée. Un calfeutrement classé E 120 peut donc être parfaitement étanche et chauffer au rouge côté protégé — de quoi enflammer ce qui est stocké contre la paroi. Si votre paroi est coupe-feu, votre calfeutrement doit être EI, pas E.

Le classement s’exprime en minutes, selon une échelle normalisée qui va de 10 à 360 minutes, et il est systématiquement associé à une configuration élément traversant / élément traversé. C’est la norme NF EN 13501-2 qui donne le classement, à partir d’essais menés selon la NF EN 1366-3, consacrée aux calfeutrements de trémies. Nos correspondances entre PF, CF et Euroclasses détaillent la lecture de ces sigles.

Un piège pour finir. Les procès-verbaux de calfeutrement de tuyauteries portent des compléments notés U/U, U/C, C/U ou C/C, selon que le tuyau était bouché ou non de chaque côté du four pendant l’essai. Ils comptent techniquement, mais les exigences des articles CO 30 et CO 31 ne les prennent pas en considération : personne ne peut vous vendre une conformité réglementaire au motif d’un complément d’essai favorable.

Les familles de produits et leur domaine d’emploi

Les calfeutrements de pénétration prennent des formes très diverses : mastics et joints, mousses, mortiers, laine minérale, panneaux de laine de roche revêtus de produits intumescents ou ablatifs, blocs, sacs coupe-feu, colliers et manchons, passe-câbles, systèmes modulaires — souvent combinés sur une même trémie. Ils s’appliquent sur béton, maçonnerie, cloison sèche ou tout élément de construction présentant lui-même un classement de résistance au feu.

Le choix ne se fait pas au catalogue mais par la physique du sinistre. Un tube plastique disparaît dans l’incendie : il faut un produit qui gonfle pour combler le vide qu’il laisse, d’où le collier ou le manchon intumescent. Un chemin de câbles chargé, lui, ne disparaît pas mais conduit la chaleur et propage la flamme le long des gaines : on traite par panneau revêtu et enduit, sur une longueur donnée de part et d’autre. Un conduit métallique se traite au mortier ou au mastic, la difficulté étant sa dilatation.

Le mot décisif est domaine d’emploi. Un procès-verbal ne dit pas « ce produit vaut EI 120 » : il dit qu’un produit donné, d’une épaisseur donnée, posé dans une paroi de nature et d’épaisseur données, autour d’un élément traversant de nature et de diamètre donnés, a tenu tel critère pendant telle durée. Sortez d’un seul de ces paramètres et il ne couvre plus rien. En pratique, l’écart entre configuration essayée et configuration posée explique la quasi-totalité des reprises que nous constatons.

Cas concret. Laboratoire d’analyses médicales installé au rez-de-chaussée d’un immeuble de bureaux, mitoyen d’une agence bancaire restée en exploitation. Le lot plomberie franchit la paroi d’isolement avec le tiers par cinq évacuations en PVC de 110 millimètres, rebouchées au plâtre. À l’appui, un procès-verbal — celui d’un mortier coupe-feu pour trémie de béton, quand la paroi est une cloison sèche : bon produit, mauvaise configuration, domaine d’emploi hors sujet. Le contrôleur technique demande la justification de la traversée, pas la bonne volonté de l’installateur. Quatorze trémies rouvertes, des colliers intumescents posés selon un domaine d’emploi cette fois vérifié, trois semaines de décalage — et des plafonds suspendus à redéposer, que personne n’avait budgétés.

Justifier la performance : deux échéances, 1er octobre 2026 et 1er juin 2027

L’arrêté du 22 mars 2026 relatif aux performances de résistance au feu remplace celui du 22 mars 2004. Il s’applique aux demandes d’autorisation de travaux et d’urbanisme déposées à compter du 1er octobre 2026 : tout dossier postérieur se justifie sous le nouveau régime, calfeutrements compris — à intégrer dès maintenant dans les notices de sécurité en cours de rédaction.

Son article 11 énumère les modes de justification admis : déclaration de performance accompagnant le marquage CE, procès-verbal de laboratoire agréé, appréciation de laboratoire agréé, note de calcul, extension de classement, avis de chantier et avis sur étude. Les laboratoires agréés sont le CSTB, Efectis France et le CERIB. Un avis technique ou un document technique d’application reste recevable s’il reprend les conclusions d’une évaluation de laboratoire agréé et précise le domaine d’emploi.

Deux exigences méritent d’être affichées en réunion de chantier. D’abord, le procès-verbal doit être en cours de validité à la date d’incorporation à l’ouvrage : un document périmé entre la consultation et la pose ne justifie rien. Ensuite, la durée de validité des procès-verbaux et des appréciations de laboratoire agréé est de cinq ans, ramenée à douze mois pour les procès-verbaux provisoires — une validité qu’un laboratoire agréé porte à cinq ans après avoir vérifié la conformité de la fabrication en série à l’échantillon essayé (article 17). Lisez bien le point de départ de ce délai : pour un procès-verbal, c’est la date du dernier essai pris en compte pour le classement, pas celle de l’édition du document ; pour une appréciation de laboratoire, c’est sa date d’émission ; pour une extension de classement, c’est la date limite du procès-verbal de référence. Un document imprimé la semaine dernière peut donc être à quelques mois de sa péremption. Toute modification apportée au produit impose une nouvelle évaluation sous forme d’extension de classement (article 13), et l’avis de chantier reste strictement limité à la construction pour laquelle il a été délivré (article 14).

Puis la section VIII elle-même bouge, le 1er juin 2027. L’arrêté du 19 février 2026 ne se limite pas aux façades et aux aménagements : ses articles 27 à 29 modifient les articles CO 30, CO 31 et CO 33, pour les demandes d’autorisation de travaux déposées à compter de cette date. Quatre points changent la façon de rédiger une prescription de calfeutrement. Le § 3 de CO 30 devient « Les conduits et les coffrages sont réalisés en matériaux D-s1, d0 » : les catégories M 4 et M 3 laissent la place aux euroclasses. Les équivalences européennes entrent dans CO 31, où « pare-flammes de traversée 30 minutes » devient « pare-flammes de traversée 30 minutes, ou E 30 », et le renvoi à l’approbation du CECMI disparaît. Le § 4 est réécrit en cinq alinéas : la gaine devient A2-s1, d0, ses trappes de visite pare-flammes une demi-heure « ou E 30 (i<->o) », et surtout le recoupement horizontal passe de tous les deux niveaux à chaque niveau, par des matériaux A1. Enfin le § 5 gagne un cinquième cas — les parois délimitant les zones de mise en sécurité, fonction compartimentage — ce qui aligne la section VIII sur le zonage du SSI.

Le même arrêté ajoute à CO 31 un § 9 qui n’existait pas et qui vaut d’être affiché en salle de réunion : « le calfeutrement des vides de construction mettant en communication des locaux différents restitue la résistance au feu des parois ou des planchers traversés. La performance de ce calfeutrement est adaptée à la nature des supports. » Deux idées y sont écrites noir sur blanc, que la pratique appliquait déjà sans texte : le calfeutrement restitue le degré, il ne l’approche pas ; et sa performance dépend du support, donc un procès-verbal établi sur voile béton ne vaut rien sur cloison sèche. Dans CO 33, le mot « incombustibles » du § 1 devient « A1 ». Rien de tout cela ne s’applique aux dossiers déposés avant le 1er juin 2027 — mais une opération qui déposera son autorisation de travaux au printemps 2027 a intérêt à écrire ses pièces écrites dans les deux régimes.

Repérer, autocontrôler, réceptionner

La mise en œuvre suit le procès-verbal ou l’évaluation technique européenne du produit, l’éventuel avis de chantier et les fiches techniques du fabricant, selon les règles professionnelles de mise en œuvre des systèmes de calfeutrement de pénétrations et de joints linéaires approuvées par le Groupement technique français contre l’incendie. Ces règles fournissent des modèles de fiche d’application et de fiche d’autocontrôle : utilisez-les, elles transforment un rebouchage en preuve.

Le repérage est la marche que tout le monde rate. Chaque trémie traitée devrait porter une étiquette durable : produit, degré obtenu, date de pose, entreprise, renvoi au procès-verbal. Sans cela, la question posée en commission — « qu’y a-t-il derrière ce rebouchage ? » — n’a aucune réponse défendable, et le doute se règle au burin sur des trémies déjà refermées. Le relevé complet rejoint utilement le dossier remis à l’exploitant.

Un mot sur le partage des rôles, source constante de malentendus. Le calfeutrement est de la protection passive : il relève du lot qui perce et du lot qui rebouche, et sa vérification revient au contrôleur technique, dans le rapport de vérification après travaux. Le coordinateur SSI n’en est pas prescripteur mais il est concerné : son découpage en zones de compartimentage s’appuie sur des parois supposées coupe-feu. Une zone dessinée sur une paroi percée n’existe que sur le plan de zonage.

De la prescription à la réception : les cinq étapes d’un calfeutrement traçable Ce qui rend un calfeutrement défendable en commission 1 2 3 4 5 Prescrire Justifier Poser Repérer Réceptionner Le degré EI attendu, paroi par paroi, écrit dans la notice et le CCTP DoP, PV de laboratoire agréé ou avis de chantier — et son domaine d’emploi Support, produit et épaisseurs conformes à la configuration essayée Étiquette sur chaque trémie : produit, degré, date, poseur, renvoi au PV Fiches d’autocon- trôle, relevé au dossier, RVRAT L’étape que tout le monde saute Sans étiquette ni relevé, un rebouchage impeccable est indéfendable : personne ne peut dire quel produit a été posé, ni sous quel procès-verbal. Le doute se règle alors au burin, en fin de chantier, sur des trémies déjà refermées par les plafonds suspendus.

Cinq étapes, dont une seule coûte réellement du temps si on l’oublie : le repérage.

Tableau récapitulatif

SituationCe qu’exige le texteRéférence
Ventilation, évacuation des produits de la combustion, gazHors champ de CO 31 et CO 32 : voir les chapitres IV, V et VICO 30 § 1
Eau en charge (tout Ø) ou conduit Ø ≤ 75 mmAucun degré exigéCO 31 § 2
Conduit métallique à point de fusion > 850 °C ; PVC B-s3, d0 marque NF Me Ø ≤ 125 mm renforcéExigence PF de traversée 30 min réputée satisfaiteCO 31 § 3 et § 8
Conduit 75 mm < Ø ≤ 315 mmPF de traversée 30 min ; CF de traversée 15 min si conduit horizontalCO 31 § 3
Conduit Ø > 315 mm ou non conforme au § 3Gaine incombustible CF de traversée = degré de la paroi, 60 min au plus, ou obturateur automatiqueCO 31 § 4
Gaine verticaleRecoupement tous les deux niveaux ; trappes de visite PF ½ hCO 31 § 4
Deux conduits voisinsEntraxe ≥ somme des diamètres nominaux, sauf PF de traversée 30 min ou pose en gaineCO 31 § 7
Paroi séparant l’ERP d’un tiersCF de traversée = degré de la paroi franchieCO 31 § 6 et CO 32 § 3
Local à risques importants traversé sans être desservi, Ø > 125 mmCF de traversée = degré de la paroi franchie ; s’il dessert le local, retour à CO 31CO 32 § 2 a et b
Plafond suspendu et combles inaccessiblesRecoupement M 0 ou PF ¼ h par cellules de 300 m² au plus, 30 m de plus grande dimension ; sauf extinction automatique à eau ou compartimentCO 26 § 2
Justification de la performanceDoP, PV de laboratoire agréé valide à l’incorporation, appréciation, extension, avis de chantier ou sur étude ; validité 5 ansArrêté du 22 mars 2026, art. 11 et 17

Ce que ça implique pour vous

  • Maître d’ouvrage. Faites du calfeutrement une ligne identifiée du marché, avec remise obligatoire des procès-verbaux et du relevé étiqueté des trémies. Une ligne de CCTP en phase travaux, contre des semaines de retard d’ouverture en phase réception.
  • Architecte et maîtrise d’œuvre. Écrivez le degré attendu paroi par paroi et attribuez explicitement le rebouchage à un lot : celui qui perce n’est presque jamais celui qui rebouche. Et planifiez la vérification avant la fermeture des plafonds suspendus.
  • Préventionniste et exploitant. Chaque intervention postérieure — fibre, alarme, climatisation, réagencement — repère un mur coupe-feu. Exigez la remise en état tracée du calfeutrement et consignez-la : sans cela, le degré de vos parois s’érode d’année en année.

Questions fréquentes

Faut-il un procès-verbal pour chaque rebouchage de paroi coupe-feu ?

Il faut une justification par configuration mise en œuvre, pas un document par trou : un même procès-verbal couvre toutes les trémies qui entrent dans son domaine d’emploi. Dès qu’une trémie en sort — autre nature de paroi, autre diamètre, autre élément traversant — il faut un autre document, ou un avis de chantier.

Quelle différence entre E, EI et coupe-feu de traversée ?

E et EI sont des classements de système issus des essais européens : E pour l’étanchéité aux flammes et aux gaz chauds, EI pour l’étanchéité assortie de l’isolation thermique. Le coupe-feu de traversée est une notion du règlement français : le temps réel pendant lequel le conduit ou la gaine qui franchit une paroi satisfait au critère exigé entre les deux locaux, clapet éventuel compris.

Peut-on reboucher une trémie coupe-feu avec du plâtre ou de la laine de verre ?

Non, sauf à disposer d’un procès-verbal couvrant cette solution dans cette configuration — ce qui n’existe pas pour un remplissage improvisé. Un rebouchage sans justification n’a aucune valeur devant une commission, même s’il paraît soigné.

Combien de temps un procès-verbal de résistance au feu reste-t-il valable ?

Cinq ans pour les procès-verbaux et les appréciations de laboratoire agréé, douze mois pour un procès-verbal provisoire établi sur prototype (arrêté du 22 mars 2026, article 17). Ce qui compte est la validité à la date d’incorporation à l’ouvrage : vérifiez-la au moment de la pose, pas seulement à la remise de l’offre.

Un calfeutrement coupe-feu est-il un dispositif actionné de sécurité ?

Non. Un calfeutrement est de la protection passive : il ne reçoit aucun ordre et ne bouge pas. Le clapet coupe-feu, lui, est un dispositif actionné de sécurité, commandé ou autocommandé, qui obture un conduit au droit de la paroi. Seul le second entre dans le champ du système de sécurité incendie et de ses essais de réception.

Des trémies à justifier avant la commission ? ATOM II, cabinet indépendant d’ingénierie sécurité incendie animé par un coordinateur SSI certifié AFNOR Compétences, confronte vos procès-verbaux à ce qui est réellement posé et vous remet un relevé opposable. Reprenons vos trémies une par une.

Références : articles CO 23, CO 24, CO 25, CO 26, CO 28 et CO 30 à CO 33 du règlement de sécurité du 25 juin 1980 · arrêté du 22 mars 2026 relatif aux performances de résistance au feu, articles 1, 11, 13, 14 et 17 (applicable aux demandes déposées à compter du 1er octobre 2026, en remplacement de l’arrêté du 22 mars 2004) · NF EN 1366-3 · NF EN 13501-2 · règles professionnelles de mise en œuvre des calfeutrements de pénétrations (GTFI) · arrêté du 19 février 2026, articles 27 à 29 (CO 30, CO 31 et CO 33, applicables aux demandes déposées à compter du 1er juin 2027).