Premier exercice d’évacuation de nuit dans un foyer d’accueil médicalisé pour adultes, trois niveaux, une association gestionnaire. Le technicien du mainteneur déclenche un détecteur dans une chambre du 2e étage. L’alarme part, les portes se ferment. Au même moment, l’ascenseur appelé depuis ce niveau quelques secondes plus tôt s’y arrête et ouvre grand ses portes sur le palier. Le directeur technique de l’association regarde le coordinateur : « Ce n’est pas justement ce qu’il ne doit pas faire ? » Exactement. Le relais de non-arrêt figurait au dossier ; il n’avait jamais été câblé, et personne ne l’avait essayé à la réception.
Ascenseurs et incendie forment un couple que le règlement traite en pointillé : un chapitre AS court, des articles CO sur les gaines, des exigences dispersées dans les dispositions particulières, puis la norme d’installation du SSI. Cet article rassemble les pièces : protection de la gaine, non-arrêt, appel prioritaire, commande par le CMSI, évacuation par ascenseur et vérifications.
La gaine d’ascenseur : protéger le trajet du feu
Une gaine d’ascenseur est une cheminée verticale. Sans protection, elle transporte fumées et gaz chauds d’un niveau à l’autre plus vite que n’importe quelle circulation. D’où le principe posé par l’article CO 52 : la protection des escaliers et des ascenseurs, par encloisonnement ou par ouverture à l’air libre de la cage, « s’oppose à la propagation du feu vers les étages supérieurs ». Tous les ascenseurs doivent être protégés ; l’absence de protection n’est admise que lorsque celle des escaliers normaux n’est pas exigée (CO 52 § 4) ou dans les cas prévus par les dispositions particulières d’un type. L’article AS 1 renvoie à ces règles pour les gaines.
Concrètement, l’encloisonnement est une cage continue jusqu’au niveau d’évacuation vers l’extérieur (CO 53 § 1). Ses parois ont un degré coupe-feu égal au degré de stabilité au feu de la structure du bâtiment, sauf celle qui donne sur le vide de la façade et ne relève que de l’article CO 20 (CO 53 § 2), elles sont en matériaux incombustibles (AS 1 § 4), et les portes palières doivent être E30 (CO 53 § 3). Le volume ne contient aucun conduit à risque d’incendie ou d’enfumage, hormis les canalisations électriques propres à l’ascenseur, et ne dessert aucun local annexe (CO 53 § 4). Les portes palières débouchent toujours en partie commune, accessibles par un autre moyen que l’appareil lui-même (AS 1 § 3). À noter pour les projets longs : pour les demandes d’autorisation de travaux déposées à compter du 1er juin 2027, l’arrêté du 19 février 2026 remplace l’exigence de matériaux incombustibles par une règle de système, « Le système de paroi des gaines est réalisé selon les dispositions de l’article AM 1-3 applicables aux systèmes de paroi des escaliers protégés » (nouveau § 4 de l’article AS 1).
Coupe de principe d’une gaine encloisonnée en ERP : parois, portes palières, désenfumage en tête de gaine et non-arrêt de la cabine au niveau sinistré (articles CO 53 et AS 1 du règlement du 25 juin 1980).
Machines, huile et désenfumage de la gaine
La machinerie peut se loger en gaine si la puissance électrique totale installée n’y dépasse pas 100 kVA, si tout nouveau départ est bloqué au-delà de la température fixée par le constructeur (40 °C à défaut) et si la résistance au feu des parois traversées est conservée (AS 1 § 2). Un local de machines distinct relève des locaux à risques moyens (CO 28), comme le réservoir d’huile d’un ascenseur hydraulique placé hors gaine, qui doit en outre disposer d’une rétention de la totalité de son volume (AS 1 § 6 et 7). Et la gaine elle-même ? Elle se désenfume, dans les conditions prévues pour les escaliers par l’IT 246, dès que la puissance électrique totale installée en gaine dépasse 40 kVA ou qu’elle abrite une machine contenant de l’huile ou un réservoir d’huile (CO 53 § 1). Une machine à traction électrique sans huile ne déclenche donc l’exigence que par la puissance. Une ventilation mécanique d’au moins 20 volumes par heure, déclenchée au-delà de la température constructeur, dispense de ce désenfumage.
Arbre de décision du désenfumage de la gaine d’ascenseur encloisonnée (article CO 53 § 1). DAD : détecteur autonome déclencheur. Le volume de référence pour les 20 volumes par heure est la section de la gaine sur 2 m de hauteur.
C’est le trou classique entre deux lots : le lot ascenseur livre une gaine, le lot désenfumage ne la voit pas, et personne ne lit la puissance installée sur la fiche technique.
Non-arrêt, appel prioritaire, commande accompagnée : trois fonctions distinctes
Ces trois termes sont souvent employés l’un pour l’autre dans les CCTP. Ils désignent pourtant des manœuvres différentes, exigées par des articles différents, et ce sont les dispositions particulières de chaque type qui les imposent, pas le chapitre AS en général.
- Le non-arrêt interdit à la cabine de s’arrêter et d’ouvrir ses portes au niveau sinistré. Il est exigé pour tous les ascenseurs en type U (article U 36 § 1) et pour les cabines de la zone sinistrée en type J (J 31 § 1), où la détection le commande automatiquement (U 44 § 3, J 36 § 2).
- L’appel prioritaire pompiers permet aux secours de rappeler et de prendre en main une cabine. Sa commande prime sur toute autre, sauf celles de maintenance, de sécurité de l’ascenseur et de dégagement des usagers (AS 3 § 4). Il est exigé sur une cabine au moins dans les bâtiments de plus de 4 étages en type U (U 36 § 3) et de plus de 6 étages en type J (J 31 § 3).
- La commande accompagnée fonctionne à l’aide d’une clé et réserve la cabine à une personne autorisée. Clés d’un modèle unique en nombre suffisant pour les services d’incendie et de secours, et moyen de communication avec le poste de sécurité ou un membre du personnel : une cabine au moins en type U (U 36 § 2), un ascenseur au moins à chaque niveau accueillant du public en type J (J 31 § 2).
Le type J ajoute une règle de plan souvent oubliée : à chaque niveau, le public doit pouvoir accéder à un ascenseur sans transiter par la zone sinistrée (J 31 § 4). Un choix d’esquisse, pas un équipement de fin de chantier. En IGH, le règlement fixe même l’ordre de priorité entre manœuvres : mise hors service, inspection ou secours des cabines, non-arrêt, appel prioritaire, commande accompagnée, contrôle d’accès, marche normale (GH 34 § 3). En cas d’incendie au niveau d’accès des secours, l’appel prioritaire prime sur le non-arrêt. Notre dossier sur la réglementation IGH détaille la logique du compartiment qui fonde ces règles.
Côté produit, la NF EN 81-73 décrit le comportement des ascenseurs ordinaires sur signal de rappel incendie, la NF EN 81-72 les ascenseurs destinés aux pompiers ; le règlement, lui, dit quand l’ERP doit en être équipé.
Ascenseur et SSI : la commande par le CMSI
Le non-arrêt n’est pas une option de l’armoire d’ascenseur qu’on active une fois pour toutes. C’est une fonction de mise en sécurité : le centralisateur de mise en sécurité incendie (CMSI) la déclenche zone par zone, sur information de la détection. La NF S 61-932 (édition de décembre 2024) en fixe le câblage au § 9.4.2. Lorsque le non-arrêt ou le départ du niveau sinistré est exigé, un relais fournissant un contact inverseur libre de tout potentiel est mis en œuvre pour chaque zone de compartimentage desservie par au moins un appareil. Lorsque la remise au niveau de référence est exigée, un relais est également prévu.
Entre le CMSI et le relais, la liaison a les caractéristiques d’une ligne de télécommande par émission de courant au sens du § 7.1 de la norme. Tout se joue ensuite sur l’emplacement du relais. Placé dans l’emplacement de la machinerie ou des poulies, il n’a pas à être en volume technique protégé et la liaison après relais n’a pas à être surveillée. Placé ailleurs, il doit être dans un volume technique protégé (VTP), le câble jusqu’à l’entrée de la machinerie doit être de catégorie CR1, et sa surveillance n’est dispensée que s’il ne dépasse pas 3 m et reste mécaniquement protégé.
Commande du non-arrêt par le CMSI : le relais dans la machinerie échappe au VTP, le relais hors machinerie y est soumis (NF S 61-932, décembre 2024, § 9.4.2).
Qui fixe tout cela ? Le coordinateur SSI, dans le cahier des charges fonctionnel : quelles zones commandent quels appareils, non-arrêt ou rappel au niveau de référence, puis la vérification de ces fonctions aux essais de réception. C’est la raison pour laquelle l’ascenseur a sa ligne dans la matrice de corrélation, au même titre qu’un clapet ou une porte (voir notre article sur le zonage du SSI et les zones de compartimentage). Un ascenseur absent de la matrice, c’est un ascenseur qui ne sera pas essayé.
L’ascenseur d’évacuation des personnes handicapées
« En cas d’incendie, ne pas utiliser l’ascenseur » : la consigne reste juste pour le public. Le règlement prévoit pourtant une exception, l’ascenseur destiné à évacuer les personnes en situation de handicap, que l’article CO 57 admet comme solution équivalente aux espaces d’attente sécurisés. Ses conditions tiennent en deux articles, AS 4 et AS 5, et elles sont exigeantes.
La gaine répond à CO 53 ou CO 54, et l’accès se fait à chaque niveau par un local d’attente servant de refuge (AS 4 § 1). Ce local est dimensionné selon CO 59, agrandi s’il donne aussi sur l’escalier ; ses parois ont le même degré coupe-feu que les planchers ; ses portes, avec ferme-porte ou à fermeture automatique, s’ouvrent vers l’intérieur ; il est désenfumé, comme les dégagements qui y mènent, et dispose d’un éclairage de sécurité (EC 10). De tout point du niveau, la porte du local le plus proche est à 40 m au plus s’il y a le choix entre plusieurs cheminements, 30 m sinon. Un système de communication relie le local à un préposé (AS 4 § 2).
L’appareil lui-même a une alimentation électrique de sécurité conforme à l’article EL 13 (AS 4 § 3), une commande accompagnée à clé, avec des clés de modèle unique tenues à la disposition du directeur des secours, et un système de communication avec le poste de sécurité s’il existe, sinon avec l’un des préposés joignables depuis le local d’attente (AS 4 § 4). L’exploitant affiche à chaque niveau des consignes d’utilisation des ascenseurs et des locaux d’attente, qui sont signalés ainsi que leur chemin d’accès (AS 5). Ces ascenseurs figurent d’ailleurs, dans les définitions du chapitre EL, parmi les installations de sécurité à maintenir en service. En pratique, nous recommandons de décider très tôt si l’ascenseur sera une voie d’évacuation : toute la chaîne (local, AES, commande, consignes) en dépend.
Exploiter et vérifier les ascenseurs en ERP
Un ascenseur conforme à la livraison doit le rester. Le chapitre AS confie à l’exploitant un socle d’obligations simples. Tout ascenseur pouvant recevoir plus de huit personnes a une trappe et une échelle de secours (AS 3 § 1), et un moyen efficace doit permettre de donner l’alarme depuis la cabine au service de surveillance ou à un responsable désigné (AS 3 § 3). Au-delà de 40 °C dans le local de machinerie, aucun nouveau départ n’est possible et une extraction de 20 volumes par heure est assurée (AS 2 § 2).
Côté vérifications, l’article AS 9 impose une vérification par un organisme agréé, fonctionnement compris, tous les cinq ans et avant toute remise en service après une transformation importante. C’est le cycle le plus long du règlement, et donc le plus facile à oublier ; notre calendrier des vérifications réglementaires le place parmi les autres échéances. Les escaliers mécaniques et trottoirs roulants suivent un régime propre : vérification annuelle par une personne ou un organisme agréé et examen des chaînes à mi-période par l’entreprise d’entretien (AS 10). En IGH, les ascenseurs à appel prioritaire sont vérifiés tous les six mois (GH 5).
Reste la traçabilité. L’exploitant produit à la visite de réception un registre technique des appareils, annexé au registre de sécurité, avec le rapport des examens avant mise en service, puis y classe tous les rapports et attestations ultérieurs (AS 11). Un défaut qui compromet la sécurité des usagers impose de prendre aussitôt toutes mesures pour la garantir, mise à l’arrêt de l’appareil ou condamnation d’une porte au verrouillage défectueux par exemple, et l’arrêt est annoncé au public par des pancartes à chaque accès. Et parce que l’essai du non-arrêt dépend de deux mainteneurs, ascenseur et SSI, réunissez-les le jour de la vérification des scénarios : c’est la seule façon de voir la chaîne fonctionner de bout en bout.
Récapitulatif : ascenseurs et incendie en un tableau
| Exigence | Ce qu’elle impose | Où elle s’applique | Texte |
|---|---|---|---|
| Gaine protégée | Encloisonnement continu, parois CF = SF de la structure, portes palières E30 | Dès que les escaliers doivent être protégés | CO 52, CO 53, AS 1 |
| Désenfumage de gaine | Comme un escalier (IT 246), commande automatique en haut de gaine | Plus de 40 kVA en gaine ou huile en gaine, sauf extraction 20 vol/h | CO 53 § 1 |
| Non-arrêt | Pas d’arrêt ni d’ouverture au niveau sinistré, commandé par le CMSI | Types U et J (zone sinistrée) | U 36, U 44, J 31, J 36 ; NF S 61-932 § 9.4.2 |
| Appel prioritaire pompiers | Rappel et prise en main de la cabine par les secours | U plus de 4 étages, J plus de 6 étages, autres types selon leurs dispositions | AS 3 § 4, U 36 § 3, J 31 § 3 |
| Commande accompagnée | Cabine utilisable à la clé, clés à la disposition des secours | U (1 cabine), J (1 par niveau accueillant du public), ascenseurs d’évacuation | U 36 § 2, J 31 § 2, AS 4 § 4 |
| Ascenseur d’évacuation | Local d’attente à 30 ou 40 m, AES, communication, consignes | Lorsqu’il sert de solution équivalente aux EAS | CO 57, AS 4, AS 5 |
| Alarme en cabine | Moyen efficace vers le service de surveillance ou un responsable | Tous les ascenseurs | AS 3 § 3 |
| Vérification | Organisme agréé, fonctionnement compris | Tous les 5 ans et après transformation importante | AS 9, AS 11 |
Ce que ça implique pour vous
- Maître d’ouvrage. Faites trancher dès le programme le rôle de l’ascenseur en cas d’incendie : simple appareil à rappeler, appareil prioritaire pompiers, voie d’évacuation des personnes handicapées. Chacun de ces choix a un coût (AES, local d’attente, relais, désenfumage de gaine) qu’il vaut mieux chiffrer avant la consultation.
- Architecte et maître d’œuvre. Vérifiez l’accès à un ascenseur sans transit par la zone sinistrée en type J, la continuité de la cage jusqu’au niveau d’évacuation et l’absence de local annexe dans le volume. Demandez au fabricant la puissance installée en gaine et la présence d’huile : ce sont elles qui décident du désenfumage.
- Préventionniste et exploitant. Contrôlez que l’ascenseur figure dans la matrice de corrélation du SSI et qu’il est essayé aux vérifications, tenez à jour le registre technique annexé au registre de sécurité et notez l’échéance quinquennale. Affichez les consignes à chaque niveau si un ascenseur sert à l’évacuation.
Questions fréquentes
Peut-on utiliser l’ascenseur en cas d’incendie dans un ERP ?
Pas le public, en règle générale : l’évacuation se fait par les escaliers. Deux exceptions existent. Les ascenseurs destinés à l’évacuation des personnes en situation de handicap, qui répondent aux articles AS 4 et AS 5 (local d’attente, alimentation de sécurité, commande à clé), et les ascenseurs pris en main par les sapeurs-pompiers grâce à l’appel prioritaire.
Qu’est-ce que le non-arrêt d’un ascenseur en cas d’incendie ?
C’est la fonction qui empêche la cabine de s’arrêter et d’ouvrir ses portes au niveau où le feu est détecté. Exigée notamment en types U et J, elle est commandée par le CMSI au moyen d’un relais par zone de compartimentage, selon la NF S 61-932 (§ 9.4.2).
Qu’est-ce que l’appel prioritaire pompiers d’un ascenseur ?
Un dispositif qui permet aux secours de rappeler une cabine et de la conduire eux-mêmes. Sa commande prime sur toutes les autres, sauf celles de maintenance, de sécurité de l’appareil et de dégagement des usagers (AS 3 § 4). Il est exigé par les dispositions particulières de certains types, par exemple au-delà de 4 étages en type U et de 6 étages en type J.
Faut-il désenfumer une gaine d’ascenseur ?
Oui, si la gaine est encloisonnée et que la puissance électrique installée dépasse 40 kVA ou qu’elle abrite une machine contenant de l’huile ou un réservoir d’huile (CO 53). Une extraction mécanique de 20 volumes par heure, déclenchée au-delà de la température fixée par le constructeur, en dispense. La commande est automatique, par détection et fusible à 70 °C en haut de gaine.
Tous les combien vérifier un ascenseur dans un ERP ?
Tous les cinq ans, par un organisme agréé, fonctionnement compris, et avant toute remise en service après une transformation importante (article AS 9). Les rapports sont classés dans le registre technique annexé au registre de sécurité (AS 11). En IGH, les ascenseurs à appel prioritaire sont vérifiés tous les six mois.
Références : règlement de sécurité du 25 juin 1980, articles CO 28, CO 52 à CO 54, CO 57, CO 59, AS 1 à AS 11, EL 13, U 36, U 44, J 31, J 36 ; règlement de sécurité IGH, articles GH 5, GH 30, GH 31, GH 34 ; instruction technique n° 246 relative au désenfumage ; norme NF S 61-932 (décembre 2024), § 7.1 et § 9.4.2 ; normes NF EN 81-72 et NF EN 81-73.
