Aménagements intérieurs des ERP : ce que l’arrêté du 19 février 2026 change aux articles AM 1 à AM 8

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Visite de réception d’une salle polyvalente rénovée. L’architecte a dessiné un lambris bois toute hauteur ; l’exploitant présente fièrement le procès-verbal de classement D-s2, d0. Refus du vérificateur : dans cette configuration, l’article AM 4 n’admet le lambris en bois massif que posé sur tasseaux avec la cavité remplie d’un produit A2-s2, d0 — et la cavité est vide. Toute la pose est à reprendre. Les articles AM pardonnent peu, et ils viennent d’être réécrits en profondeur.

Le chapitre III du règlement de sécurité du 25 juin 1980, consacré aux aménagements intérieurs, à la décoration et au mobilier (articles AM), n’avait pas connu de refonte majeure depuis l’arrêté du 24 septembre 2009. L’arrêté du 19 février 2026, publié au Journal officiel du 22 février 2026, réécrit sa première section : les articles AM 1 à AM 8, qui gouvernent la réaction au feu des parois intérieures, des plafonds, des sols et des produits d’isolation dans tous les ERP du premier groupe.

Après le décryptage du volet structures et façades (articles CO) dans notre article consacré à l’arrêté du 19 février 2026, voici le second volet de la réforme : ce que deviennent les articles AM 1 à AM 8, ce qui change réellement par rapport au régime actuel et comment préparer l’échéance du 1er juin 2027.

Le régime actuel : une double lecture euroclasses et catégories M

L’article AM 1 en vigueur pose le principe : pour éviter, dans un local ou un dégagement accessible au public, le développement rapide d’un incendie qui pourrait compromettre l’évacuation, les parois intérieures finies, l’agencement, le gros mobilier et la décoration doivent répondre à des exigences de réaction au feu. Cette exigence s’exprime aujourd’hui selon deux classifications distinctes :

  • les classes (euroclasses A1, A2, B, C, D avec leurs indices s et d), issues de la norme NF EN 13501-1 et de l’arrêté du 21 novembre 2002, applicables aux produits de construction relevant d’une spécification technique harmonisée ;
  • les catégories M (M0 à M4, norme NF P 92-507), applicables aux matériaux d’aménagement, de décoration et au gros mobilier.

Sur cette base, les articles AM 3 à AM 8 fixent des niveaux d’exigence par emplacement, que tout préventionniste connaît bien :

  • AM 3, dégagements protégés : dans les escaliers protégés, plafonds et rampants B-s1, d0 ou M1, parois verticales B-s2, d0 ou M1, paliers et marches CFL-s1 ou M3 ; dans les circulations horizontales protégées, plafonds B-s2, d0 ou M1, parois verticales C-s3, d0 ou M2, sols DFL-s2 ou M4 ;
  • AM 4, parois verticales des dégagements non protégés et des locaux : C-s3, d0 ou M2, avec une ouverture pour les lambris en bois massif classés D-s2, d0 posés sur tasseaux, cavité remplie d’un produit A2-s2, d0, dans deux configurations précises ;
  • AM 5, plafonds : B-s3, d0 ou M1, avec une tolérance de 25 % de la superficie en C-s3, d0 ou M2 dans les dégagements et en D-s3, d0 ou M3 dans les locaux ;
  • AM 7, sols : DFL-s2 ou M4 ;
  • AM 8, produits d’isolation (épaisseur d’isolant supérieure à 5 mm, 10 mm au sol) : classement au moins A2-s2, d0 en paroi verticale, plafond ou toiture et A2FL-s1 en plancher, ou protection par un écran thermique jouant son rôle au moins un quart d’heure pour les parois verticales et les sols, une demi-heure pour les autres parois.

Pour mémoire, cette double lecture ne concerne que la réaction au feu — la contribution des matériaux comme aliment du feu. Elle ne dit rien de la résistance au feu des parois qui les portent : les correspondances entre les deux familles de classements sont rassemblées dans notre mémo SF, PF, CF et les euroclasses.

Reaction au feu des amenagements interieurs : le regime actuel (AM 3 a AM 8) Réaction au feu des aménagements : régime actuel Local ou dégagement non protégé Plafond : B-s3, d0 ou M1 (AM 5) tolérance 25 % : C-s3, d0 / M2 ou D-s3, d0 / M3 Parois (AM 4) : C-s3, d0 ou M2 Isolants apparents (AM 8) : A2-s2, d0 (parois, plafonds) A2FL-s1 (sols) ou écran thermique Sol : DFL-s2 ou M4 (AM 7) Dégagement protégé (AM 3) Plafonds, rampants : B-s1, d0 ou M1 (escaliers) Parois verticales : B-s2, d0 ou M1 Paliers et marches : CFL-s1 ou M3 Au 1er juin 2027 : numérotation refondue (AM 1-1 à AM 8) et nouvelles règles structures, bois, isolation

Les niveaux d’exigence actuels des articles AM 3 à AM 8, par emplacement. La réforme de 2026 reconduit l’essentiel de ces niveaux mais réorganise le chapitre et y intègre structures, planchers et bois apparent.

Ce que réécrit l’arrêté du 19 février 2026

À compter du 1er juin 2027, la section I du chapitre AM change de physionomie. Le nouvel article AM 1 conserve le double système de classification (classes pour les produits de construction, catégories pour les matériaux d’aménagement et le mobilier), mais la section s’enrichit de plusieurs articles entièrement nouveaux qui font entrer dans le chapitre AM des sujets jusqu’ici traités ailleurs, ou pas du tout.

Les structures et planchers entrent dans le chapitre AM (AM 1-1 à AM 1-4)

C’est la nouveauté la plus lourde de conséquences. Le nouvel article AM 1-1 impose des matériaux de structure et de planchers classés A2-s1, d0 en sous-sol. Aux autres niveaux, ce classement A2-s1, d0 est exigé, ou à défaut une protection passive au sens de l’article AM 1-4, dès lors que l’établissement comporte des locaux à sommeil, dépasse 8 mètres de hauteur ou abrite des locaux à risques particuliers.

L’article AM 1-2 encadre les constructions en parois à ossature (dont l’ossature bois) avec des protections graduées selon la hauteur du bâtiment : entre 8 et 18 mètres, une protection d’au moins trente minutes combinant protection indissociable — obligatoirement marquée — et protection additionnelle ; au-delà, des dispositions renforcées pouvant aller jusqu’à une extinction automatique à eau dans certaines configurations. L’article AM 1-3 traite des systèmes de paroi des escaliers protégés, avec un classement A2-s1, d0 exigé au-delà de 18 mètres de hauteur, ou dès 8 mètres en présence de locaux à sommeil ou d’une construction à ossature.

L’article AM 1-4 définit enfin ce qu’est une protection passive contre le feu : une durée d’au moins trente minutes ou la durée de résistance au feu réglementaire, des critères thermiques précis (limitation de l’échauffement à l’interface, température maximale de 250 °C en tous points pour le bois), des matériaux de protection classés A2-s1, d0 et une vérification périodique quinquennale par un organisme compétent. C’est une petite révolution : la performance des protections rapportées devra être entretenue et vérifiée dans la durée, comme un équipement technique.

AM 2 : un plafond de charge calorifique à 300 MJ/m²

Le nouvel article AM 2 abandonne la logique descriptive de l’actuel article (qui traite des essais et des supports conventionnels) pour poser une exigence de fond sur les systèmes de paroi non structuraux : la charge calorifique surfacique des matériaux combustibles y est limitée à 300 MJ/m² en moyenne par paroi. Trois voies de conformité sont ouvertes : respecter ce plafond, protéger la paroi par une protection passive au sens de l’AM 1-4, ou produire une évaluation de laboratoire attestant que la contribution au feu reste maîtrisée pendant la durée de résistance au feu requise.

Finitions : plus de continuité que de rupture (AM 3 à AM 5)

Pour les finitions, les niveaux d’exigence restent proches du régime actuel : M1 ou B-s3, d0 dans les dégagements protégés, plafonds B-s3, d0 ou M1 avec la tolérance de 25 % (C-s3, d0 ou M2 dans les dégagements, D-s3, d0 ou M3 dans les locaux), suspentes de plafonds suspendus réputées satisfaisantes lorsqu’elles sont classées A1. Les catégories M ne disparaissent donc pas des articles de finition : elles subsistent en équivalence pour les matériaux d’aménagement, tandis que la logique euroclasses s’impose partout où l’on parle de produits de construction.

AM 4-1 : le bois massif apparent officiellement encadré

Le nouvel article AM 4-1 donne enfin un cadre général au bois massif apparent classé D-s2, d0 à l’intérieur des locaux : il est admis dans la limite de 25 % de la surface des parois du local, ou sans limite de surface moyennant une évaluation de laboratoire assortie d’une étude d’ingénierie de sécurité incendie. Un régime spécifique est prévu pour les halls, sous conditions strictes, dont une charge calorifique mobilière inférieure à 100 MJ/m² contrôlée tous les cinq ans. Les maîtres d’ouvrage qui portent des projets biosourcés disposent ainsi d’un chemin réglementaire explicite, là où il fallait jusqu’ici composer avec les cas particuliers de l’actuel AM 4.

AM 8 : des exigences reconduites pour les isolants

Pour les produits d’isolation, les seuils actuels sont reconduits : A2-s2, d0 en paroi verticale, en plafond ou en toiture, A2FL-s1 au sol, ou protection par un écran thermique. Les durées de protection sont désormais exprimées en minutes (quinze pour les parois verticales et les sols, trente pour les autres parois) — l’équivalent exact du quart d’heure et de la demi-heure actuels.

Structures et parois : quelle voie de conformité en 2027 ? Au 1er juin 2027 : quelle voie de conformité ? Structures et planchers (AM 1-1) sommeil · h > 8 m · risques particuliers · sous-sol Matériaux A2-s1, d0 (obligatoire en sous-sol) Protection passive au sens de l’AM 1-4 : ≥ 30 min, vérifiée / 5 ans Systèmes de paroi non structuraux (AM 2) charge calorifique des matériaux combustibles ≤ 300 MJ/m² en moyenne par paroi Protection passive (AM 1-4) Évaluation de labo contribution Bois massif apparent (AM 4-1) : 25 % des parois du local ou sans limite avec évaluation de laboratoire + étude d’ingénierie de sécurité incendie Trois logiques nouvelles : classement incombustible, protection passive entretenue, ou démonstration. Applicable aux demandes d’AT déposées à compter du 1er juin 2027.

Les voies de conformité ouvertes par les nouveaux articles AM 1-1, AM 1-4, AM 2 et AM 4-1 : classement A2-s1, d0, protection passive vérifiée, plafond de charge calorifique ou évaluation de laboratoire.

Le récapitulatif article par article

Article (au 1er juin 2027)ObjetCe qu’il prévoitPar rapport au régime actuel
AM 1-1Structures et planchersA2-s1, d0 en sous-sol ; aux autres niveaux A2-s1, d0 ou protection passive si locaux à sommeil, h > 8 m ou risques particuliersNouveau : la structure entre dans le chapitre AM
AM 1-2Parois à ossature (dont bois)Protections graduées selon la hauteur : ≥ 30 min entre 8 et 18 m (protection indissociable marquée + additionnelle), renforcées au-delàNouveau
AM 1-3Escaliers protégésSystèmes de paroi A2-s1, d0 au-delà de 18 m, ou dès 8 m avec sommeil ou ossatureNouveau
AM 1-4Protection passive≥ 30 min ou durée réglementaire, 250 °C maxi pour le bois, matériaux A2-s1, d0, vérification quinquennaleNouveau : une performance entretenue dans la durée
AM 2Systèmes de paroi non structurauxCharge calorifique ≤ 300 MJ/m² en moyenne par paroi, ou protection passive, ou évaluation de laboratoireRefondu (l’actuel AM 2 traite des essais)
AM 3 à AM 5Finitions (dégagements, parois, plafonds)Niveaux proches de l’existant : M1 / B-s3, d0 en dégagements protégés, plafonds B-s3, d0 ou M1 avec tolérance de 25 %, suspentes A1Continuité
AM 4-1Bois massif apparentAdmis à 25 % des parois du local (D-s2, d0), ou sans limite avec évaluation + étude ISI ; régime halls sous conditions (< 100 MJ/m² contrôlés / 5 ans)Nouveau cadre général
AM 8Produits d’isolationA2-s2, d0 (parois, plafonds, toitures), A2FL-s1 (sols), ou écran thermique 15/30 minReconduit, durées exprimées en minutes
La section I du chapitre AM au 1er juin 2027 : ce que chaque article prévoit et ce qui change réellement.

Calendrier : la date de dépôt du dossier fait foi

Comme pour le volet CO, le critère d’application est limpide : les nouvelles dispositions s’appliquent aux demandes d’autorisation de travaux déposées à compter du 1er juin 2027. Un dossier déposé le 31 mai 2027 reste régi par les articles AM actuels, un dossier déposé le lendemain bascule dans le nouveau régime. Pour les opérations dont la conception démarre maintenant et dont le dépôt interviendra autour de cette échéance, le choix du régime applicable est donc un vrai sujet de stratégie de projet, à arbitrer dès l’esquisse avec l’équipe de maîtrise d’œuvre. La notice de sécurité jointe au dossier devra citer sans ambiguïté le corpus retenu.

Cas concret. Un maître d’ouvrage prépare la rénovation complète d’un hall d’accueil avec un plafond et des parois en bois apparent, dépôt du dossier prévu pour l’été 2027. Sous le régime actuel, le projet devrait se glisser dans les cas particuliers de l’article AM 4, avec une part de négociation au cas par cas. Sous le nouveau régime, l’article AM 4-1 offre un chemin balisé : 25 % de surface en bois apparent de plein droit, ou davantage moyennant une évaluation de laboratoire et une étude d’ingénierie — mais avec une contrainte d’exploitation nouvelle, le contrôle quinquennal de la charge calorifique mobilière du hall. L’arbitrage du calendrier de dépôt est devenu un choix d’architecture autant que de procédure. Notre conseil sur les projets bois : chiffrer les deux régimes avant de fixer la date de dépôt.

Ce que ça implique pour vous

  • Maître d’ouvrage : si votre projet comporte des structures ou parements bois, des parois à ossature ou d’importants aménagements combustibles, faites chiffrer les deux régimes avant d’arrêter la date de dépôt. Le nouvel AM 4-1 peut ouvrir des possibilités architecturales, mais il s’accompagne d’obligations de suivi (vérifications quinquennales, contrôle de la charge calorifique) qui pèseront sur l’exploitation.
  • Architecte et maître d’œuvre : la justification de la réaction au feu ne se limitera plus aux procès-verbaux de classement des finitions. Charges calorifiques surfaciques, protections passives au sens de l’AM 1-4, évaluations de laboratoire : anticipez ces livrables dans vos CCTP et vos demandes aux fournisseurs, et faites-les converger dans le dossier remis au contrôleur technique.
  • Préventionniste et exploitant : de nouvelles vérifications périodiques apparaissent (protections passives, charge calorifique mobilière des halls en bois apparent). Elles devront être tracées au registre de sécurité comme les autres vérifications réglementaires, et présentées en commission de sécurité.

Questions fréquentes

Quand les nouveaux articles AM s’appliquent-ils ?

À compter du 1er juin 2027, pour les demandes d’autorisation de travaux déposées à partir de cette date. Un dossier déposé avant reste régi par les articles AM actuels, issus notamment de l’arrêté du 24 septembre 2009 — même si les travaux s’exécutent après l’échéance.

Les catégories M disparaissent-elles au profit des euroclasses ?

Non. Le nouvel article AM 1 conserve le double système : les euroclasses pour les produits de construction relevant d’une spécification technique harmonisée, les catégories M (norme NF P 92-507) en équivalence pour les matériaux d’aménagement, de décoration et le gros mobilier. Les PV en catégorie M restent donc utilisables dans leur périmètre.

Qu’est-ce que la « protection passive » au sens du nouvel article AM 1-4 ?

Une protection rapportée (encapsulage, écran) qui garantit pendant au moins trente minutes — ou la durée de résistance au feu réglementaire — des critères thermiques précis, dont une température maximale de 250 °C en tous points pour le bois, avec des matériaux de protection classés A2-s1, d0. Nouveauté majeure : elle doit être vérifiée tous les cinq ans par un organisme compétent, au même titre qu’une installation technique.

Le bois apparent est-il autorisé à l’intérieur d’un ERP ?

Oui, dans un cadre désormais explicite : le nouvel article AM 4-1 admet le bois massif apparent classé D-s2, d0 dans la limite de 25 % de la surface des parois du local, et au-delà de cette limite moyennant une évaluation de laboratoire assortie d’une étude d’ingénierie de sécurité incendie. Un régime spécifique existe pour les halls, sous conditions strictes de charge calorifique mobilière contrôlée tous les cinq ans.

Que signifie le plafond de 300 MJ/m² du nouvel article AM 2 ?

C’est la charge calorifique surfacique maximale, en moyenne par paroi, des matériaux combustibles entrant dans un système de paroi non structural. Pour être conforme, un système de paroi doit soit respecter ce plafond, soit être protégé par une protection passive au sens de l’AM 1-4, soit faire l’objet d’une évaluation de laboratoire démontrant que sa contribution au feu reste maîtrisée pendant la durée requise.

Textes de référence

Références : arrêté du 25 juin 1980 modifié, articles AM 1 à AM 20 (version en vigueur, issue notamment de l’arrêté du 24 septembre 2009) ; arrêté du 19 février 2026, publié au Journal officiel du 22 février 2026, applicable au 1er juin 2027 ; arrêté du 21 novembre 2002 modifié relatif à la réaction au feu des produits de construction et d’aménagement ; normes NF EN 13501-1 (euroclasses) et NF P 92-507 (catégories M).

Bois apparent, textiles, faux plafonds : conformes en 2027 ? ATOM II, cabinet indépendant d’ingénierie sécurité incendie certifié AFNOR Compétences, accompagne les maîtres d’ouvrage et les équipes de maîtrise d’œuvre dans l’analyse réglementaire de leurs projets : audit et conseil ERP, coordination SSI et rédaction des notices de sécurité. Parlons-en.