Un samedi d’affluence, coupure secteur dans une galerie marchande. L’éclairage normal tombe, les blocs prennent le relais — enfin, une partie : dans les circulations de service, un bloc sur trois reste éteint, batteries mortes. Personne ne les avait testés depuis des mois. Le public a évacué sans encombre, mais le rapport de l’organisme de vérification, quelques semaines plus tard, a transformé cette anecdote en liste de prescriptions.
L’éclairage de sécurité — le plus souvent réalisé par BAES (blocs autonomes d’éclairage de sécurité) — doit permettre d’évacuer et d’éviter la panique quand l’éclairage normal fait défaut. Ce guide détaille les obligations en ERP (établissement recevant du public) : les deux fonctions et leurs seuils exacts, les règles d’implantation, le choix entre blocs autonomes et source centralisée, les cas particuliers de la 5e catégorie et des locaux à sommeil, et le calendrier d’essais que la commission attend de retrouver au registre.
Un principe du CCH : de la lumière, même sans courant
Le principe est posé au plus haut niveau : l’article R. 143-8 du code de la construction et de l’habitation impose un éclairage électrique et ajoute qu’« un éclairage de sécurité doit être prévu dans tous les cas ». Le chapitre EC du règlement de sécurité en fixe les modalités. L’article EC 7 en donne la mécanique : l’éclairage de sécurité est à l’état de veille pendant l’exploitation, se met ou se maintient en service à la défaillance de l’éclairage normal, et son alimentation de sécurité offre une durée assignée de fonctionnement d’une heure au moins.
Deux technologies sont admises : une source centralisée (batterie d’accumulateurs alimentant des luminaires) ou des blocs autonomes — chaque bloc embarquant sa propre batterie. Le choix engage l’installation, la maintenance et même le comportement en cas d’alarme : nous y revenons plus bas.
Évacuation et ambiance : deux fonctions, des seuils précis
L’article EC 8 distingue deux fonctions, avec chacune son périmètre. L’éclairage d’évacuation permet à toute personne d’accéder à l’extérieur : cheminements, sorties, balisage, obstacles, changements de direction. Il s’impose dans les locaux recevant 50 personnes et plus, et dans ceux de plus de 300 m² en étage et rez-de-chaussée ou de plus de 100 m² en sous-sol. L’éclairage d’ambiance — ou anti-panique — maintient un fond lumineux uniforme : il est exigé dans tout local ou hall où l’effectif atteint 100 personnes en étage ou au rez-de-chaussée, ou 50 personnes en sous-sol.
Évacuation et ambiance : deux fonctions distinctes, avec leurs seuils d’exigence et leurs règles photométriques propres (articles EC 8 à EC 10).
Implanter l’éclairage d’évacuation
L’article EC 9 fixe trois règles simples et mesurables. Un : les indications de balisage des dégagements (article CO 42) sont éclairées par l’éclairage d’évacuation — par le luminaire qui les porte si elles sont transparentes, par un luminaire voisin si elles sont opaques. Deux : dans les couloirs et dégagements, les foyers lumineux ne sont pas espacés de plus de 15 mètres. Trois : chaque foyer délivre un flux assigné d’au moins 45 lumens pendant la durée de fonctionnement assignée.
En pratique, on place un bloc à chaque sortie, à chaque obstacle, à chaque changement de direction, en visibilité de proche en proche. Et l’article EC 12, § 6 ajoute une redondance : tout dégagement de plus de 15 mètres conduisant le public vers l’extérieur est éclairé par au moins deux blocs autonomes — la panne d’un bloc ne doit jamais éteindre un couloir.
Dimensionner l’éclairage d’ambiance (anti-panique)
L’objectif de l’ambiance n’est pas de montrer la sortie mais d’éviter le mouvement de foule : garder une lueur suffisante pour que chacun voie l’espace, les autres, et attende ou chemine sans panique. Le dimensionnement de l’article EC 10 : un flux minimal de 5 lumens par mètre carré de surface du local pendant la durée assignée, et un rapport entre la distance séparant deux foyers voisins et leur hauteur au-dessus du sol inférieur ou égal à 4 — pour une répartition homogène, sans zones noires. Chaque local d’ambiance est éclairé par au moins deux blocs (EC 12, § 7), pour la même logique de redondance.
BAES ou source centralisée
Les BAES sont présumés conformes lorsqu’ils répondent aux normes NF EN IEC 60598-2-22 et NF C 71-800/801/805 (article EC 12). Le détail d’installation qui fait la différence : chaque bloc est alimenté par une dérivation prise en aval du dispositif de protection et en amont du dispositif de commande de l’éclairage normal du local — ainsi, le bloc passe en secours à la coupure de l’alimentation du circuit (défaillance, disjonction), mais pas à l’extinction volontaire par l’interrupteur du local. Un seul aménagement est prévu : quand commande et protection sont assurées par le même dispositif, le bloc peut être alimenté en amont, à condition que ce dispositif soit équipé d’un accessoire coupant l’alimentation du bloc en cas de coupure automatique de la protection (EC 12, § 3). L’installation comporte d’ailleurs une mise à l’état de repos centralisée, à actionner à la fermeture de l’établissement pour ne pas vider les batteries — l’article EC 14 (§ 2) en fait une obligation, et non un conseil, dès que l’éclairage normal est mis intentionnellement hors tension.
Les blocs d’évacuation embarquent obligatoirement un système automatique de test intégré (SATI), qui vérifie périodiquement l’autonomie, le passage en fonctionnement et l’état des foyers (EC 12, § 4 — présomption de conformité NF C 71-820). La source centralisée, elle, suit l’article EC 11 : batterie conforme NF EN 50171, lampes d’évacuation connectées en permanence, et alimentation de l’ambiance de chaque local comme de l’évacuation de tout dégagement de plus de 15 mètres par deux circuits distincts aux trajets aussi différents que possible. Deux règles complètent le tableau et se contrôlent sur plan : aucun dispositif de protection ne peut être placé sur le parcours des canalisations d’éclairage de sécurité (EC 11, § 6), et si les lampes d’ambiance sont éteintes à l’état de veille, leur allumage automatique doit être commandé « à partir d’un nombre suffisant de points de détection » de la défaillance de l’alimentation normale (EC 11, § 3) — un point de détection unique en tête d’installation ne suffit pas. C’est la solution des grands sites, au prix d’une installation plus lourde.
Le BAES se raccorde en aval de la protection et en amont de la commande de l’éclairage normal du local, et vit en trois états : veille, fonctionnement, repos (articles EC 3 et EC 12).
5e catégorie et locaux à sommeil
En 5e catégorie, l’article PE 24, § 2 cible l’éclairage d’évacuation sur les points sensibles : escaliers, circulations horizontales de plus de 10 mètres ou au cheminement compliqué, et salles de plus de 100 m² — avec des blocs conformes à l’article EC 12 le cas échéant.
Avec des locaux à sommeil et sans groupe électrogène de remplacement, l’article PE 36 ajoute une subtilité que beaucoup d’installateurs découvrent en réception : l’éclairage d’évacuation des circulations des locaux à sommeil et des dégagements attenants jusqu’à l’extérieur du bâtiment — le périmètre ne s’arrête pas à la porte du couloir — est complété par des BAEH — blocs autonomes d’éclairage d’habitation, aptes à la fonction selon la NF C 71-805. Dans cette configuration, les BAES passent automatiquement à l’état de repos dès l’absence de tension, et ne s’allument qu’au déclenchement de l’alarme : les BAEH assurent seuls la veilleuse en cas de simple coupure, pour économiser les batteries des BAES au moment où l’on dort. Si l’éclairage de sécurité est à source centralisée, la batterie doit alors offrir une autonomie de six heures au moins.
Essais, maintenance et registre
C’est ici que se joue la conformité dans la durée — et que se perdent le plus de points en visite. Le calendrier réglementaire :
| Opération | Contenu | Périodicité | Source |
|---|---|---|---|
| Essai de fonctionnement | Passage en position de fonctionnement à la défaillance simulée du normal, allumage de toutes les lampes (durée limitée au contrôle visuel), efficacité de la télécommande de mise au repos et retour automatique en veille | Mensuelle | EC 14, § 3 |
| Essai d’autonomie | Vérification de l’autonomie d’au moins 1 heure | Semestrielle | EC 14, § 3 |
| Entretien | Lampes de rechange disponibles, remplacement dès anomalie (voyants SATI), notice de maintenance annexée au registre | Permanent | EC 13 |
| Vérification des installations | Vérification périodique des installations d’éclairage, portant nommément sur EC 5 (§ 5), EC 6 (§ 5 et 6), EC 7, EC 9 (§ 1), EC 13 et EC 14 (§ 3) ; relevé des anomalies article par article, avec localisation et commentaires | Annuelle | EL 19, § 3 |
Bonne nouvelle : les blocs équipés d’un SATI conforme réalisent automatiquement ces essais mensuels et semestriels (EC 14) — à condition de lire les voyants et de traiter les anomalies. Dans les établissements à fermeture périodique, les essais se calent pour que l’autonomie soit reconstituée à chaque réouverture. Et tout se consigne au registre de sécurité : essais, remplacements, vérification annuelle — c’est la première preuve demandée après un incident.
Ce que ça implique pour vous
Maître d’ouvrage. Arbitrez la technologie (blocs ou source centralisée) au regard de la taille du site et du coût de maintenance sur dix ans, pas du seul investissement. Exigez à la réception le dossier complet : schéma unifilaire, implantations, conformité des matériels — l’article EC 4 l’impose au dossier de renseignements de détail.
Architecte et maîtrise d’œuvre. Traitez l’éclairage de sécurité avec le plan d’évacuation, pas après : chaque changement de direction, chaque obstacle, chaque sortie appelle son foyer, et les locaux dépassant les seuils d’ambiance se repèrent dès le plan d’aménagement. Les seuils (50/100 personnes, 300/100 m²) se vérifient avec l’effectif réglementaire par local.
Exploitant et préventionniste. Trois gestes suffisent : lire les voyants SATI à chaque ronde, tenir le rythme mensuel/semestriel au registre, mettre l’installation au repos à la fermeture. Les BAES défaillants figurent parmi les prescriptions les plus fréquentes des procès-verbaux — et parmi les plus faciles à éviter. Notre audit sécurité incendie intègre systématiquement l’essai réel de l’éclairage de sécurité et la revue du calendrier de vérifications.
Questions fréquentes
Quelle autonomie pour un BAES en ERP ?
Une heure au moins : c’est la durée assignée de fonctionnement exigée de la source de sécurité par l’article EC 7. Elle se vérifie par un essai semestriel (EC 14) — automatisable par les blocs SATI. En locaux à sommeil avec source centralisée, l’autonomie exigée passe à six heures (PE 36).
Combien de lumens pour l’éclairage d’évacuation et d’ambiance ?
45 lumens par foyer pour l’évacuation, avec un espacement maximal de 15 mètres dans les dégagements (EC 9). Pour l’ambiance : 5 lumens par mètre carré de local, avec un rapport distance entre foyers sur hauteur d’installation inférieur ou égal à 4 (EC 10).
À quelle fréquence tester les BAES ?
Chaque mois : passage en position de fonctionnement et efficacité de la télécommande de repos ; chaque semestre : autonomie d’une heure (article EC 14, § 3). S’y ajoute la vérification annuelle des installations d’éclairage (EL 19). Toutes ces opérations sont consignées au registre de sécurité.
Les BAES sont-ils obligatoires dans un petit commerce ?
En 5e catégorie, l’éclairage d’évacuation est exigé dans les escaliers, les circulations de plus de 10 mètres ou compliquées, et les salles de plus de 100 m² (article PE 24, § 2). Un petit commerce de plain-pied à cheminement simple peut donc en être dispensé — mais dès qu’un des critères est rempli, les blocs s’imposent.
Qu’est-ce que le SATI d’un bloc autonome ?
Le système automatique de test intégré : il vérifie périodiquement l’autonomie de la batterie, le passage en fonctionnement et l’état des foyers, et le signale par voyants (présomption de conformité à la norme NF C 71-820). Il est exigé sur les blocs d’évacuation (EC 12, § 4) et dispense des essais manuels — pas de la lecture des voyants ni de la trace au registre.
Références : article R. 143-8 du code de la construction et de l’habitation ; articles EC 3, EC 7, EC 8, EC 9, EC 10, EC 11, EC 12, EC 13, EC 14 et EL 19 du règlement de sécurité (arrêté du 25 juin 1980 modifié, dont arrêté du 17 mai 2024) ; articles PE 24 et PE 36 (arrêté du 22 juin 1990 modifié) ; normes NF EN IEC 60598-2-22, NF C 71-800/801/805, NF C 71-820 et NF EN 50171.
