Type U : la sécurité incendie dans les établissements de santé

Type U : la sécurité incendie dans les établissements de santé

22 h 15, un mardi soir, dans une aile déserte d’une clinique. Un détecteur est stimulé dans une chambre : les diffuseurs sonores hurlent dans tout le bâtiment, patients compris. L’installateur a câblé une alarme générale classique — alors que le type U impose une alarme générale sélective, audible du seul personnel. Reprise du paramétrage, nouveaux essais, réception décalée. Dans un établissement de santé, la sécurité incendie consiste précisément à ne pas déclencher une évacuation générale que les patients ne peuvent pas suivre.

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Le type U couvre les établissements de santé — hôpitaux, cliniques, pouponnières — au sens des articles U 1 à U 64 du règlement de sécurité du 25 juin 1980. D’abord la philosophie du texte (le transfert horizontal), puis ses conséquences concrètes : zones protégées, blocs opératoires, dégagements, désenfumage, SSI de catégorie A, alarme générale sélective, service de sécurité et gaz médicaux. L’objectif : vous donner la grille de lecture d’un projet hospitalier — celle de la sécurité incendie des établissements de santé.

Évacuer moins, protéger sur place (article U 8)

L’article U 8 pose le principe fondateur : une partie du public d’un hôpital ne peut ni évacuer ni être évacuée rapidement. Le niveau de sécurité repose donc sur le transfert horizontal des personnes ne pouvant se déplacer par leurs propres moyens, vers une zone contiguë et suffisamment protégée du même niveau. L’évacuation verticale n’est envisagée « qu’en cas d’extrême nécessité ».

De ce principe découle tout le reste : au moins deux zones protégées par niveau comportant des locaux à sommeil, cloisonnement intérieur renforcé, exigences accrues de réaction au feu, désenfumage des circulations, large emploi de la détection automatique pour une alarme précoce, formation du personnel et organisation d’un service de sécurité. Retenez la logique avant les chiffres : chaque exigence du chapitre U sert le transfert horizontal.

Qui est en type U, et pour quel effectif ?

Sont assujettis les établissements de santé publics ou privés dispensant des soins de courte durée (médecine, chirurgie, obstétrique), de psychiatrie, de suite, de réadaptation ou de longue durée, ainsi que les pouponnières, dès que l’effectif atteint 100 personnes (consultants, lits de jour et visiteurs simultanés) ou 20 lits d’hospitalisation (article U 1). L’hospitalisation au sens du texte, c’est un soin de plus de 12 heures — donc des locaux à sommeil par destination. En dessous, on parle d’hôpital de jour : régime allégé des articles U 49 et U 50, avec une liste limitative d’articles applicables. Et attention : les EHPAD et structures médico-sociales relèvent du type J, pas du type U.

L’effectif se calcule forfaitairement (article U 2) : une personne par lit, une personne pour 3 lits au titre du personnel, une personne par lit pour les visiteurs (une pour 2 lits en psychiatrie, soins de longue durée et pouponnières), et 8 personnes par poste de consultation ou d’exploration externe. Ce forfait remplace les densités surfaciques des autres types — la méthode générale est celle du calcul de l’effectif d’un ERP.

Zones protégées et zones de mise à l’abri (article U 10)

Chaque niveau comportant des locaux à sommeil est recoupé de façade à façade par une cloison coupe-feu de degré 1 heure (EI ou REI 60), de façon à constituer au moins deux zones protégées de capacité d’accueil comparable, le passage de l’une à l’autre ne se faisant que par des portes situées sur les circulations. Dès que la capacité d’une zone protégée dépasse 20 lits, elle est divisée en zones de mise à l’abri de 20 lits au maximum, isolées entre elles par des cloisons CF 1 heure et des blocs-portes pare-flammes 1/2 heure (E 30-C) à ferme-porte ou fermeture automatique.

La structure suit : dans les bâtiments de plus d’un étage comportant des locaux à sommeil, les éléments principaux sont stables au feu 1 heure (R 60) et les planchers coupe-feu 1 heure (REI 60), en aggravation de l’article CO 12 (article U 9). Les compartiments restent possibles pour les espaces sans locaux à sommeil ou sous surveillance permanente, dans la limite de 1 000 m² et sans s’étendre sur deux niveaux (article U 10, § 3).

Zones protégées et zones de mise à l’abri d’un niveau type U Un niveau d’hospitalisation : le transfert horizontal (U 8, U 10) cloison CF 1 h de façade à façade ZONE PROTÉGÉE 1 ZONE PROTÉGÉE 2 mise à l’abri ≤ 20 lits mise à l’abri ≤ 20 lits mise à l’abri ≤ 20 lits mise à l’abri ≤ 20 lits lit transfert horizontal vers la zone contiguë, au même niveau Au moins 2 zones protégées par niveau à sommeil — capacités comparables Zones de mise à l’abri : cloisons CF 1 h, blocs-portes E 30-C (U 10, § 2)

Le niveau est recoupé en deux zones protégées au moins ; en cas de sinistre, les patients sont transférés horizontalement derrière la cloison coupe-feu, sans emprunter les escaliers.

Blocs opératoires, réanimation, locaux à risques

Deux familles de locaux échappent au schéma standard (article U 10, § 4). Les blocs opératoires sont isolés par des parois et planchers coupe-feu de degré 2 heures (EI ou REI 120) avec sas en blocs-portes E 30-C, recoupés au minimum tous les 1 000 m², et aucune canalisation étrangère ne les traverse hors gaine EI 120. Les espaces non désenfumables pour raisons médicales — réanimation, soins intensifs, dialyse, brûlés — sont délimités par des parois CF 1 heure avec blocs-portes E 60-C, recoupés tous les 600 m² ; ils peuvent ne pas être désenfumés, mais les circulations y menant doivent l’être (article U 26, § 6).

L’article U 13 classe ensuite les locaux à risques par un tableau précis : cuisine à risques particuliers dès 20 kW ou en présence d’une friteuse ouverte, stockage de gaz médicaux à risques importants au-delà de 200 litres de capacité en eau, archives et lingeries à risques moyens de 50 à 100 m³ et importants au-delà, réserves de liquides inflammables plafonnées à 100 litres. À noter, une exigence propre au type U : les locaux contenant des liquides inflammables comportent une ventilation haute et basse permanente d’au moins 1/100 de leur surface. Le classement général de ces locaux relève du régime des locaux à risques en ERP.

Dégagements : largeurs, distances, portes verrouillées

Les circulations qui relient les escaliers entre eux, aux sorties et les sorties entre elles font deux unités de passage minimum, et les portes des chambres ouvrent sur 1,10 m au moins (article U 16) — il faut y passer un lit. Les escaliers sont tous protégés, sans exception de principe (article U 18) ; ceux desservant des malades non autonomes font deux unités de passage, et leur implantation doit permettre d’y accéder à chaque niveau sans transiter par une zone protégée sinistrée. La distance maximale d’un point d’un local à un escalier est de 40 m (30 m en cul-de-sac, article U 19).

Les portes de recoupement des circulations sont à va-et-vient et à fermeture automatique, leur fermeture simultanée étant commandée zone protégée par zone protégée sur détection de fumées (article U 20). Et le règlement assume une réalité hospitalière : dans les services nécessitant une surveillance particulière (psychiatrie, unités protégées), les portes peuvent être exceptionnellement verrouillées, soit par clés avec passe remis au personnel soignant et aux secours, soit par verrouillage électromagnétique conforme à l’article CO 46 (article U 21).

Désenfumage mécanique et clapets asservis

Le type U relève de la classe 1 de l’annexe de l’IT 246, mais impose une règle forte : dans les niveaux comportant des locaux à sommeil, les circulations horizontales communes sont obligatoirement désenfumées mécaniquement — le désenfumage naturel n’est admis qu’exceptionnellement, pour les établissements d’un étage au plus sur rez-de-chaussée, après avis de la commission (article U 26). Ce désenfumage est asservi à la détection automatique de la zone sinistrée, les halls d’évacuation sont désenfumés, et si l’établissement dispose d’un groupe électrogène, les ventilateurs de désenfumage y sont réalimentés automatiquement. Pour choisir entre les technologies, voyez notre comparatif désenfumage naturel ou mécanique selon l’IT 246.

Côté ventilation de confort, l’article U 27 aggrave l’article CH 32 : des clapets coupe-feu au droit des cloisons délimitant les zones protégées et les zones de mise à l’abri, télécommandés par la détection automatique d’incendie. C’est un point de coordination SSI sensible : le matriçage des clapets doit suivre exactement le découpage des zones de l’article U 10. Enfin, la ventilation des blocs opératoires et des soins intensifs est indépendante du reste de l’établissement et ne doit pas être interrompue par l’arrêt d’urgence général.

Cas concret. Réception d’une aile d’hospitalisation rénovée, dans un établissement de santé en exploitation. Aux essais, la stimulation d’un détecteur de circulation ferme bien les portes de recoupement… mais aussi les clapets de la zone protégée voisine, non sinistrée — le lot CVC avait câblé tous les clapets de l’étage sur la même commande. Conséquence : perte de la ventilation d’une zone censée accueillir les patients transférés. Le matriçage a été repris zone par zone, conformément aux articles U 27 et U 44, et les essais rejoués une semaine plus tard. Dans le type U, le zonage n’est pas un détail : chaque asservissement se raisonne par zone protégée.

SSI de catégorie A et alarme générale sélective

Tout établissement de type U abritant des locaux à sommeil est équipé d’un SSI de catégorie A (article U 44), avec détection automatique dans l’ensemble des locaux — sauf escaliers et sanitaires — et indicateurs d’action en circulation pour les détecteurs des chambres. Le zonage est cadré par le texte : la zone d’alarme englobe tout l’établissement, les zones de compartimentage correspondent aux zones protégées, et les zones de désenfumage correspondent aux zones de compartimentage. L’architecture SDI/CMSI de ces systèmes est décomposée dans l’anatomie d’un SSI de catégorie A.

La détection d’un local commande automatiquement la diffusion de l’alarme générale sélective, le déverrouillage éventuel des portes, les DAS de compartimentage de la zone protégée, le non-arrêt des ascenseurs dans la zone sinistrée et le désenfumage éventuel du local — mais pas celui des circulations, réservé à la détection des circulations elles-mêmes (article U 44, § 3). L’équipement d’alarme est de type 1 avec AGS dès qu’il y a des locaux à sommeil, de type 3 sinon (article U 45) ; le signal sélectif ne doit être identifiable que par le personnel, un tableau répétiteur d’alarme équipe chaque niveau, et l’alarme est diffusée sans temporisation sur détection. Dans les établissements recevant plus de 2 500 personnes, une unité d’aide à l’exploitation (UAE) avec reports SDI/CMSI est exigée.

Ce que déclenche la détection incendie en type U (U 44) Détection incendie : la mise en sécurité par zone (U 44, § 3) Détection local ou circulation Alarme générale sélective — personnel seulement sans temporisation + déverrouillage éventuel des portes Compartimentage de la zone protégée portes de recoupement + clapets de la zone (U 20, U 27) Non-arrêt des ascenseurs en zone sinistrée les cabines ne desservent plus la zone en feu Désenfumage ciblé local sinistré (détection locale) ou circulation de la zone (détection circulation) Zonage imposé : ZA = établissement, ZC = zones protégées, ZF = ZC SSI de catégorie A dès qu’il existe des locaux à sommeil (U 44)

En type U, la détection met en sécurité la seule zone concernée : alarme sélective, compartimentage, ascenseurs et désenfumage se raisonnent zone protégée par zone protégée.

Service de sécurité, formation, gaz médicaux

La technique ne suffit pas : le transfert horizontal est exécuté par des humains. L’article U 43 impose des agents de sécurité incendie en 1re catégorie, et en 2e catégorie un minimum permanent de trois employés désignés et entraînés — dont un titulaire du diplôme d’agent de sécurité incendie pour surveiller le SSI. Tous sont formés à l’exploitation du SSI et au transfert des malades, avec exercices périodiques (article U 47), et le chef d’établissement annexe au registre un schéma d’organisation de la sécurité (article U 41). Les moyens d’extinction suivent : extincteurs à eau pulvérisée de 6 litres (un pour 200 m², distance maximale 15 m), RIA en 1re catégorie, colonnes sèches au-delà de R+3 (article U 42).

Restent les gaz médicaux (articles U 51 à U 57) : locaux de stockage dédiés exempts de matières combustibles, réservoirs cryogéniques à 3 m (azote) ou 5 m (oxygène) des ouvertures sauf mur coupe-feu 2 heures, canalisations jamais encastrées ni passées en cage d’escalier ou d’ascenseur, prises interdites dans les circulations communes — et continuité de desserte par zone protégée : un incendie dans une zone ne doit pas couper l’oxygène des autres. Sur site occupé, ces contraintes se conjuguent au phasage des travaux — nous y consacrons un guide : la coordination SSI en site occupé.

ExigenceRègle type UArticle
Assujettissement≥ 100 personnes (consultants, lits de jour, visiteurs) ou ≥ 20 litsU 1
Effectif1 p/lit + 1 p/3 lits (personnel) + 1 p/lit visiteurs + 8 p/poste de consultationU 2
Structure (locaux à sommeil, > R+1)Stabilité au feu R 60, planchers REI 60U 9
Zones protégées≥ 2 par niveau à sommeil, cloison CF 1 h de façade à façadeU 10
Zones de mise à l’abri≤ 20 lits, cloisons CF 1 h + portes E 30-CU 10
Circulations / portes de chambres≥ 2 UP / ≥ 1,10 mU 16
Distance à un escalier≤ 40 m (30 m en cul-de-sac)U 19
Désenfumage des circulations (sommeil)Mécanique obligatoire, asservi à la détection de la zoneU 26
SSI / alarmeCatégorie A + alarme générale sélective type 1 (si sommeil)U 44, U 45
ExtincteursEau pulvérisée 6 l, 1/200 m², distance ≤ 15 mU 42
Les exigences structurantes du type U (règlement du 25 juin 1980, articles U — état 2026).

Ce que ça implique pour vous

  • Maître d’ouvrage : le découpage en zones protégées et zones de mise à l’abri se décide au stade du plan — le reprendre après coup, c’est déplacer des cloisons coupe-feu, des clapets et du zonage SSI. Exigez un concept de mise en sécurité validé dès l’avant-projet.
  • Architecte / maître d’œuvre : dimensionnez les circulations (2 UP), les portes de chambres (1,10 m) et l’accès aux escaliers sans transit par une zone sinistrée ; chaque zone doit vivre de façon autonome (électricité, ventilation, gaz médicaux).
  • Exploitant / préventionniste : votre sécurité repose sur le personnel — schéma d’organisation à jour, exercices réels de transfert horizontal, et vigilance absolue sur les travaux en site occupé : une zone protégée ouverte par un chantier n’est plus une zone protégée.

Questions fréquentes

Quelle alarme incendie dans un hôpital ou une clinique ?

Dès qu’il existe des locaux à sommeil : un équipement d’alarme de type 1 diffusant une alarme générale sélective, audible et identifiable du seul personnel, sans temporisation, avec un tableau répétiteur à chaque niveau (article U 45). Sans locaux à sommeil, un équipement de type 3 suffit.

Un EHPAD relève-t-il du type U ?

Non : les structures d’accueil pour personnes âgées ou handicapées (médico-social) relèvent du type J. Le type U vise les établissements de santé qui dispensent des soins — hôpitaux, cliniques, pouponnières. La philosophie est proche (transfert horizontal), mais les articles applicables diffèrent.

Peut-on verrouiller les portes d’un service de psychiatrie ?

Oui, exceptionnellement, dans les services nécessitant une surveillance particulière (article U 21) : soit par clés, chaque porte étant sous la responsabilité d’un préposé et le passe remis aux soignants et aux secours, soit par verrouillage électromagnétique conforme à l’article CO 46, déverrouillé par la détection et l’alarme.

Le désenfumage naturel est-il possible en type U ?

Dans les niveaux à sommeil, les circulations sont désenfumées mécaniquement ; le naturel n’est admis qu’exceptionnellement, pour les établissements d’un étage au plus sur rez-de-chaussée, après avis de la commission de sécurité (article U 26). Les locaux, eux, suivent le régime général de l’IT 246 en classe 1.

Qu’est-ce qu’un hôpital de jour au sens du règlement ?

Un établissement isolé dispensant des soins de moins de 12 heures, sans locaux à sommeil par destination (article U 49) : centres de consultations, dispensaires, locaux médicaux de thermalisme. Il n’applique qu’une liste limitative d’articles U (article U 50) — un classement à vérifier finement, car il change sensiblement le coût de mise en conformité.

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Références : articles U 1 à U 64 du règlement de sécurité (arrêté du 25 juin 1980 modifié, notamment par les arrêtés du 10 octobre 2005, du 6 mars 2006 et du 9 mai 2006) ; articles CO 12, CO 46, CH 32, MS 53 ; instruction technique 246 ; instruction technique 263.