Quand le désenfumage est-il obligatoire dans un ERP ?

Quand le désenfumage est-il obligatoire dans un ERP ?

Instruction d’un dossier d’aménagement dans un centre commercial de province. La cellule fait 350 m² au sol ; le projet ne prévoit ni exutoire, ni réseau d’extraction — « le local d’à côté n’en a pas non plus ». Sauf que le local d’à côté fait 280 m². Soixante-dix mètres carrés de différence, et voilà un lot désenfumage complet à intégrer, une trémie à créer et six semaines de retard. Les seuils du désenfumage ne se négocient pas : ils se connaissent.

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Le désenfumage a pour objet « d’extraire, en début d’incendie, une partie des fumées et des gaz de combustion afin de maintenir praticables les cheminements destinés à l’évacuation du public » (article DF 1). Mais tous les volumes d’un ERP n’y sont pas soumis : le règlement fixe des cas d’obligation précis — surfaces, longueurs, position en sous-sol — que l’instruction technique n° 246 traduit ensuite en solutions. Quatre objets du désenfumage, seuils exacts par volume, choix entre naturel et mécanique, régime de la 5e catégorie, vérifications périodiques : chaque point est traité ci-dessous, textes à l’appui. Vous saurez dire, plan en main, ce qui doit être désenfumé — et comment le justifier.

Le désenfumage, pour quoi faire (DF 1 et DF 4)

Dans un incendie d’ERP, les fumées tuent avant les flammes : elles aveuglent, intoxiquent et affolent. Le désenfumage combat ces trois effets en extrayant une partie des fumées et gaz chauds pour maintenir praticables les cheminements d’évacuation ; il concourt aussi à limiter la propagation du feu et à faciliter l’intervention des secours (article DF 1). Ce n’est donc pas un équipement de confort réglementaire : c’est du temps offert à l’évacuation.

L’article DF 4 délimite le champ : la mise à l’abri des fumées ou le désenfumage des escaliers, le désenfumage des circulations horizontales, des compartiments et des locaux. Les dispositions particulières de chaque type d’établissement précisent ou aggravent ces règles, et l’instruction technique n° 246 décrit les solutions admises. Le § 3 du même article ferme la boucle sur les matériels : conformité aux textes et normes SSI de l’article MS 53, et surtout admission à la marque NF exigée pour les dispositifs de commande et les coffrets de relayage — un point de contrôle simple à vérifier sur les fiches produits avant commande. Le même article ouvre une voie d’exception : le recours à l’ingénierie du désenfumage, sur note d’un organisme reconnu compétent par le ministère de l’intérieur après avis de la Commission centrale de sécurité, avec hypothèses et scénarios validés par la sous-commission départementale et l’ensemble des pièces versé au dossier de sécurité de l’article GE 2 — l’outil des grands volumes et des géométries atypiques.

Locaux : les seuils qui déclenchent l’obligation (DF 7)

Pour les locaux accessibles au public, l’article DF 7 fixe trois seuils à connaître par cœur. Sont désenfumés : les locaux de plus de 300 m² en rez-de-chaussée et en étage, les locaux de plus de 100 m² en sous-sol, et les locaux de plus de 100 m² sans ouverture sur l’extérieur — porte ou fenêtre. La logique est limpide : moins un volume évacue naturellement ses fumées vers l’extérieur, plus tôt l’obligation se déclenche.

Deux extensions complètent le dispositif. Lorsque les dispositions particulières autorisent la communication entre trois niveaux au plus — le vide commercial d’une boutique en duplex, par exemple — le volume ainsi créé est désenfumé comme un local unique dès que la superficie cumulée des planchers accessibles au public dépasse 300 m² (DF 7, § 2). Et dans les compartiments de l’article CO 25, le régime suit l’aménagement : cloisons toute hauteur, et les circulations sont désenfumées quelle que soit leur longueur, en plus des locaux relevant de DF 7 ; plateau paysager, et c’est l’ensemble du volume qui est désenfumé comme un local (article DF 8).

Les seuils de désenfumage des locaux (article DF 7) Locaux : trois seuils d’obligation (DF 7) sol RDC ou étage > 300 m² désenfumage obligatoire Sous-sol > 100 m² Local sans ouverture (ni porte ni fenêtre sur l’extérieur) > 100 m² Volume sur 2 ou 3 niveaux désenfumé comme un local unique si planchers cumulés > 300 m² (§ 2) Naturel ou mécanique au choix du concepteur (DF 7, § 1), solutions décrites par l’IT 246

Les trois seuils de l’article DF 7 : 300 m² en rez-de-chaussée et en étage, 100 m² en sous-sol, 100 m² pour les locaux sans ouverture sur l’extérieur — plus le cas du volume unique sur deux ou trois niveaux.

Circulations et halls : la règle des 30 mètres (DF 6)

Les circulations horizontales encloisonnées sont désenfumées, par balayage naturel ou mécanique, dans quatre cas (article DF 6) : longueur totale supérieure à 30 mètres ; desserte par des escaliers mis en surpression ; locaux réservés au sommeil desservis ; situation en sous-sol. Le critère du sommeil est le plus lourd de conséquences : dans un hôtel, chaque couloir de chambres est désenfumé, quelle que soit sa longueur.

Les halls suivent un régime hybride : considérés comme des circulations, ils basculent dans le régime des locaux lorsque leur superficie dépasse 300 m² ou lorsque le désenfumage des circulations du niveau est exigé (§ 2). Enfin, la mise en surpression des circulations reste une solution exceptionnelle, admise seulement si tout local desservi est désenfumable, le local sinistré étant seul désenfumé simultanément (§ 3) — une configuration à réserver aux projets qui savent la justifier.

Escaliers : à l’abri des fumées, jamais d’extraction mécanique (DF 5)

L’escalier est le cheminement de la dernière chance : le règlement le traite à part. Deux interdits absolus d’abord : les fumées ne sont jamais extraites mécaniquement d’un escalier encloisonné (article DF 5, § 1) — un ventilateur y créerait l’appel d’air qui enfume la cage — et sa commande de désenfumage est uniquement manuelle, jamais asservie à la détection (article MS 60, § 1). Deux solutions restent : le balayage naturel par exutoire en partie haute, ou la mise en surpression par rapport aux volumes adjacents.

Quant à l’obligation, elle se lit par la desserte : le désenfumage n’est pas exigible pour les escaliers desservant au plus deux niveaux en sous-sol ; il devient obligatoire — désenfumage ou mise à l’abri des fumées — au-delà de deux niveaux en sous-sol (§ 3 et § 4), les escaliers desservant les parcs de stationnement étant expressément hors de cette prescription. Et un escalier non encloisonné n’est pas désenfumé si les volumes avec lesquels il communique ne le sont pas ; s’ils le sont, il en est séparé par des écrans de cantonnement et désenfumé au niveau supérieur par l’intermédiaire du volume voisin (§ 2).

VolumeDésenfumage obligatoire si…Article
Local en rez-de-chaussée ou en étageSuperficie supérieure à 300 m²DF 7, § 1
Local en sous-solSuperficie supérieure à 100 m²DF 7, § 1
Local sans ouverture sur l’extérieurSuperficie supérieure à 100 m²DF 7, § 1
Volume sur 2 ou 3 niveaux en communicationPlanchers accessibles au public cumulés supérieurs à 300 m² (désenfumé comme un local unique)DF 7, § 2
Circulation horizontale encloisonnéeLongueur totale supérieure à 30 m ; ou desserte par escaliers en surpression ; ou locaux à sommeil desservis ; ou situation en sous-solDF 6, § 1
Hall accessible au publicSuperficie supérieure à 300 m², ou désenfumage exigé pour les circulations du niveau (régime des locaux)DF 6, § 2
Compartiment (CO 25)Cloisons toute hauteur : circulations quelle que soit la longueur + locaux DF 7 ; plateau paysager : tout le volumeDF 8
Escalier encloisonnéDesserte de plus de 2 niveaux en sous-sol, hors escaliers de parcs de stationnement (naturel ou surpression, jamais d’extraction mécanique)DF 5, § 4
Les cas d’obligation de désenfumage fixés par les articles DF 5 à DF 8 (dispositions générales — les dispositions particulières de chaque type peuvent aggraver).

Naturel ou mécanique : principes et alimentation (DF 3)

L’article DF 3 admet trois méthodes : le balayage — apport d’air neuf et évacuation des fumées —, la différence de pressions entre volume protégé et volume sinistré mis en dépression relative, ou leur combinaison. Le naturel évacue par exutoires et amenées d’air dimensionnés en surfaces utiles ; le mécanique impose débits d’extraction et de soufflage. Le choix dépend de la configuration — hauteur du volume, niveaux enterrés, longueur des circulations — et l’instruction technique n° 246 en fixe les règles de calcul : notre article naturel ou mécanique selon l’IT 246 détaille l’arbitrage, et notre prestation d’étude de désenfumage IT 246 en produit les justificatifs — cantons, surfaces utiles, note de calcul.

Le balayage naturel : amenée d’air en bas, évacuation en haut Le balayage naturel (DF 3, solutions IT 246) exutoire (SUE) écran de cantonnement foyer amenée d’air neuf en partie basse couche de fumées contenue par canton Règle d’équilibre : des amenées d’air dimensionnées face aux surfaces d’évacuation — sans entrée d’air, pas de tirage (5e catégorie : amenées ≥ surface géométrique, PE 14)

Le principe du balayage naturel : l’air neuf entre en partie basse, les fumées chaudes sortent par l’exutoire en partie haute, les écrans de cantonnement contiennent la couche de fumées. Le dimensionnement relève de l’IT 246.

Trois exigences d’interface s’y ajoutent. L’alimentation : les installations mécaniques exigent une alimentation électrique de sécurité conforme à la norme NF S 61-940. Une tolérance existe — dérivation issue directement du tableau principal, dans les conditions de l’article EL 14 — mais uniquement lorsque les dispositions particulières du type n’imposent pas de groupe électrogène, et pour les seules 3e et 4e catégories ainsi que les 1re et 2e catégories dont les ventilateurs d’extraction des deux zones de désenfumage les plus contraignantes totalisent moins de 10 kW (§ 3). Lorsqu’un groupe électrogène est imposé ou simplement prévu, il doit pouvoir alimenter les moteurs d’extraction et de soufflage de ces deux mêmes zones. La ventilation de confort : hors VMC, elle s’arrête dans le volume concerné dès la mise en fonctionnement du désenfumage, à moins qu’elle n’y participe (§ 5). L’arrêt s’obtient depuis le CMSI, à partir de la commande de désenfumage de la zone, en SSI de catégorie A ou B ; par une commande placée à proximité de la commande locale, ou confondue avec elle, en catégories C, D ou E. Et si la ventilation de confort doit être maintenue, l’interruption passe par la fermeture des clapets télécommandés de la zone de compartimentage concernée. Le phasage avec l’extinction : en présence d’un SSI de catégorie A et d’un sprinkleur, le désenfumage est commandé avant le déclenchement de l’extinction pendant la présence du public (§ 2) — les corrélations correspondantes s’écrivent dans le cahier des charges fonctionnel du SSI, cœur de la mission de coordination SSI.

En 5e catégorie : la règle du 1/200 (PE 14)

Le 2e groupe applique une version simplifiée, fixée par l’article PE 14. Les salles de plus de 300 m² en rez-de-chaussée et en étage, et celles de plus de 100 m² en sous-sol, comportent en parties haute et basse des ouvertures communiquant avec l’extérieur, soit directement, soit par l’intermédiaire de conduits ; la surface utile d’évacuation atteint au moins 1/200 de la superficie au sol, et la surface libre des amenées d’air égale au moins la surface géométrique des évacuations. Chaque dispositif d’ouverture est manœuvrable depuis le plancher, les commandes pouvant rester exclusivement manuelles. Les escaliers encloisonnés reçoivent en partie haute un châssis ou une fenêtre d’une surface libre de un mètre carré, ouvrable facilement depuis le niveau d’accès — à défaut, mise en surpression selon l’IT 246. Et si le naturel ne passe pas, le mécanique reste possible, en appliquant l’instruction technique.

Cas concret. Un restaurant s’installe dans une cellule de 260 m² en rez-de-chaussée d’un ensemble commercial : sous le seuil des 300 m², pas de désenfumage exigible du local. Le projet ajoute ensuite une mezzanine de 80 m² ouverte sur la salle. Le volume communique désormais sur deux niveaux et cumule 340 m² de planchers accessibles au public : l’article DF 7 (§ 2) fait basculer l’ensemble en désenfumage comme local unique. L’exutoire, la trémie et les amenées d’air ont dû être trouvés après signature du bail — au triple du coût qu’ils auraient eu en conception. Moralité : recalculer le seuil à chaque évolution du volume, pas seulement à la première esquisse.

Vérifier et maintenir (DF 2, DF 9, DF 10)

Le désenfumage se justifie dès le dossier : l’article DF 2 impose un plan des évacuations de fumée et amenées d’air, le tracé des réseaux, l’emplacement des ventilateurs et des commandes, plus une note explicative des caractéristiques techniques. En exploitation, l’entretien suit l’article DF 9, et l’article DF 10 fixe la vérification annuelle : fonctionnement des commandes manuelles et automatiques, des volets, exutoires et ouvrants, fermeture des éléments mobiles de compartimentage participant à la fonction, arrêt de la ventilation de confort et, pour le mécanique, mesures de pression, de débit et de vitesse. Lorsque coexistent un désenfumage mécanique et un SSI de catégorie A ou B, la vérification devient triennale par organisme agréé (§ 3). L’ensemble s’inscrit dans le calendrier global des vérifications réglementaires de l’ERP.

Ce que ça implique pour vous

Maître d’ouvrage. Les seuils DF 6 et DF 7 se vérifient au stade du plan de découpe : une cellule de 310 m², un couloir de 32 mètres ou un sous-sol accessible changent le budget. En cas de volume atypique, l’ingénierie du désenfumage (DF 4, § 2) est une voie légale — mais elle se décide tôt, avec la sous-commission.

Architecte et maîtrise d’œuvre. Pensez le couple exutoires-amenées d’air : un désenfumage sans amenées dimensionnées ne tire pas. Réservez les trémies et les cheminements de conduits dès l’avant-projet, positionnez les commandes près des accès, et faites viser les scénarios de mise en route par le coordinateur SSI quand un SSI existe.

Exploitant et préventionniste. Vos points de contrôle : commandes accessibles et identifiées, exutoires manœuvrés au moins une fois par an avec trace au registre, ventilation de confort qui s’arrête bien, mesures de débit disponibles pour le mécanique. Un cloisonnement modifié ou une mezzanine ajoutée ? Refaites vérifier les seuils avant la commission.

Questions fréquentes

Quelle surface rend le désenfumage obligatoire dans un local ERP ?

Plus de 300 m² en rez-de-chaussée et en étage, plus de 100 m² en sous-sol, et plus de 100 m² pour un local sans ouverture sur l’extérieur (article DF 7). Les dispositions particulières de chaque type d’établissement peuvent aggraver ces règles, et le volume créé par la communication entre deux ou trois niveaux se cumule.

Une circulation de 25 mètres doit-elle être désenfumée ?

Pas au titre de la longueur : l’obligation démarre au-delà de 30 mètres. Mais elle s’impose, quelle que soit la longueur, si la circulation est en sous-sol, dessert des locaux réservés au sommeil ou est desservie par des escaliers mis en surpression (article DF 6). Dans un compartiment à cloisons toute hauteur, toutes les circulations sont désenfumées.

Un escalier encloisonné doit-il être désenfumé ?

Tout dépend des dispositions applicables à l’établissement — mais s’il l’est, jamais en extraction : l’article DF 5 interdit d’extraire mécaniquement les fumées d’un escalier encloisonné. Les solutions admises sont le balayage naturel ou la mise en surpression. La commande du désenfumage d’escalier reste par ailleurs exclusivement manuelle (article MS 60, § 1).

Le désenfumage doit-il être asservi à la détection incendie ?

Lorsque les dispositions particulières l’imposent, les dispositifs de désenfumage sont commandés par la détection automatique — c’est le cas dans les établissements à SSI de catégorie A, où le déclenchement s’effectue sans temporisation. Exception notable : les escaliers, toujours en commande manuelle. En présence d’un sprinkleur, le désenfumage est commandé avant l’extinction (article DF 3, § 2).

Qui vérifie le désenfumage et à quelle fréquence ?

La vérification est annuelle et porte sur les commandes, les volets, exutoires et ouvrants, l’arrêt de la ventilation de confort et, pour le mécanique, les mesures de pression, débit et vitesse (article DF 10). Elle est confiée tous les trois ans à un organisme agréé lorsque l’établissement cumule désenfumage mécanique et SSI de catégorie A ou B.

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Références : articles DF 1 à DF 10 du règlement de sécurité (arrêté du 25 juin 1980 modifié) ; article MS 60 ; article PE 14 (arrêté du 22 juin 1990 modifié) ; instruction technique n° 246 relative au désenfumage dans les ERP ; norme NF S 61-940 (alimentations électriques de sécurité).