SSI de catégorie A : SDI, CMSI, DAS — comprendre l’architecture

SSI de catégorie A : SDI, CMSI, DAS - comprendre l'architecture

Essais de réception dans un établissement avec locaux à sommeil. On déclenche un détecteur de chambre : l’alarme part bien, mais la porte coupe-feu du palier reste ouverte et le désenfumage de la circulation ne démarre pas. Le matériel est neuf, chaque équipement fonctionne — c’est la corrélation entre détection et mise en sécurité qui n’a jamais été écrite noir sur blanc. Voilà exactement ce qu’un SSI de catégorie A met en jeu : non pas des appareils, mais un système.

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Le SSI de catégorie A est le système de sécurité incendie le plus complet du règlement français : détection automatique généralisée ou partielle, centralisateur de mise en sécurité, dispositifs actionnés de sécurité. Exigé dans les établissements les plus sensibles — locaux à sommeil en tête — il obéit à une logique d’architecture précise, à démonter pièce par pièce : le SDI qui détecte, le CMSI qui commande, les DAS qui agissent, les zones qui organisent le tout. Suivent les exigences concrètes : qui doit en être équipé, comment il se conçoit, ce que demandent sa réception puis son exploitation.

Un système, cinq fonctions (article MS 53)

L’article MS 53 définit le système de sécurité incendie comme « l’ensemble des matériels servant à collecter toutes les informations ou ordres liés à la seule sécurité incendie, à les traiter et à effectuer les fonctions nécessaires à la mise en sécurité ». La mise en sécurité peut comporter cinq fonctions : le compartimentage (fermer les portes et clapets coupe-feu), l’évacuation (diffuser le signal, déverrouiller les issues), le désenfumage, l’extinction automatique et la mise à l’arrêt d’installations techniques — ventilation, ascenseurs ramenés au niveau d’accès.

Les SSI sont classés en cinq catégories, A à E, de la plus complète à la plus simple ; les dispositions particulières de chaque type d’établissement précisent la catégorie exigée. La catégorie A se distingue par son entrée : elle seule est pilotée par un système de détection incendie complet. Elle associe donc deux sous-systèmes — un SDI qui détecte, un SMSI qui agit — reliés par des zones. La catégorie A se situe parmi ses quatre petites sœurs dans notre panorama des catégories de SSI A à E.

Architecture d’un SSI de catégorie A SSI de catégorie A : détecter, traiter, agir SDI — il détecte détecteurs automatiques déclencheurs manuels équipement de contrôle et de signalisation (ECS) zones de détection (ZD) CMSI — il traite reçoit les informations applique les scénarios commande par zone de mise en sécurité (ZS) sans temporisation (MS 60) DAS — ils agissent portes coupe-feu clapets, volets exutoires, ventilateurs déverrouillage issues 5 fonctions de mise en sécurité (MS 53) évacuation · compartimentage · désenfumage extinction automatique · arrêt d’installations techniques

L’architecture d’un SSI de catégorie A : le système de détection incendie (SDI) alimente le centralisateur de mise en sécurité incendie (CMSI), qui commande les dispositifs actionnés de sécurité (DAS) par zone.

Le SDI : détecter, signaler, déclencher

Le système de détection incendie regroupe les détecteurs automatiques, les déclencheurs manuels et l’équipement de contrôle et de signalisation (ECS) qui centralise leurs informations. Sa mission, fixée par l’article MS 56 : « déceler et signaler tout début d’incendie dans les meilleurs délais et mettre en œuvre les éventuels équipements de sécurité qui lui sont asservis ». L’exigence se prouve : lors de la première vérification d’une installation neuve, l’efficacité se démontre par la combustion d’un foyer type adapté au risque — bac d’alcool, plaques de mousse de polyuréthane — puis, en exploitation, par des essais fonctionnels adaptés à chaque détecteur.

Trois obligations accompagnent la détection. D’abord un cadre matériel : détecteurs admis à la marque NF (ou certification européenne équivalente) et installation par des entreprises spécialisées et qualifiées (article MS 58). Ensuite un cadre humain, souvent oublié : l’article MS 57 impose, pendant la présence du public, « un personnel permanent, qualifié, susceptible d’alerter les sapeurs-pompiers et de mettre en œuvre les moyens de lutte » — une détection sans personne pour l’exploiter ne vaut rien. Enfin un cadre contractuel : toute installation de détection fait l’objet d’un contrat d’entretien, annexé au registre de sécurité. Détail technique qui a son importance en catégorie A : les boucles de déclencheurs manuels restent séparées de celles des détecteurs automatiques, sauf adressage individuel (article MS 66, § 6) — l’exploitant doit savoir d’un coup d’œil si c’est une main ou une fumée qui a parlé.

Le SMSI et son chef d’orchestre, le CMSI

Le système de mise en sécurité incendie (SMSI) est « constitué de l’ensemble des équipements qui assurent les fonctions nécessaires à la mise en sécurité » (article MS 59) : d’un côté les dispositifs actionnés de sécurité (DAS) — portes à fermeture automatique, clapets, volets de désenfumage, exutoires, dispositifs de déverrouillage d’issues — répartis par zones ; de l’autre les équipements qui les commandent. En catégorie A comme en B, ce pilotage revient au centralisateur de mise en sécurité incendie (CMSI), obligatoirement admis à la marque NF.

L’article MS 60 fixe les automatismes, avec trois règles à connaître par cœur. La première : lorsque le règlement prévoit que la détection déclenche les DAS — c’est la définition même du SSI A — « ce déclenchement doit s’effectuer sans temporisation ». La temporisation éventuelle ne concerne que la diffusion de l’alarme générale, jamais le compartimentage ni le désenfumage. La deuxième : le déverrouillage des issues de secours est obtenu dès le déclenchement du processus d’alarme et, s’il existe un équipement d’alarme de type 1, automatiquement et sans temporisation en cas de détection. La troisième : le désenfumage des cages d’escaliers reste à commande exclusivement manuelle — on ne transforme pas l’escalier, chemin de fuite, en cheminée d’appel sur un déclenchement automatique. L’équipement d’alarme de type 1 intégré au SSI A obéit quant à lui aux règles décrites dans notre article sur les types d’équipements d’alarme.

Le zonage : ZA, ZS, ZD — l’emboîtement obligatoire

Un SSI A ne traite pas le bâtiment comme un bloc : il le découpe. L’article MS 54 définit la zone de détection (ZD) — surveillée par un ensemble de détecteurs ou de déclencheurs avec signalisation commune — et la zone de mise en sécurité (ZS), susceptible d’être mise en sécurité d’un seul tenant. S’y ajoute la zone de diffusion d’alarme (ZA). L’article MS 55 impose leur emboîtement : une ZA englobe une ou plusieurs ZS, chaque ZS englobe une ou plusieurs ZD. Ce découpage n’est pas un choix d’installateur : il appartient au concepteur ou à l’exploitant de le proposer à la commission de sécurité, dès la conception, dans le cadre du dossier prévu à l’article GE 2.

Là se joue la qualité d’un SSI : quel détecteur déclenche quel scénario dans quelle zone, quelles portes se ferment, quel canton se désenfume, quelle zone reçoit l’alarme. Cette intelligence s’écrit dans le cahier des charges fonctionnel et se vérifie ligne à ligne aux essais — les tableaux de corrélation entre zones de détection, zones de mise en sécurité et dispositifs commandés en sont l’ossature.

L’emboîtement des zones imposé par l’article MS 55 ZA ⊇ ZS ⊇ ZD : l’emboîtement de l’article MS 55 ZA — zone de diffusion d’alarme (le signal d’évacuation) ZS 1 — mise en sécurité ZD 1 détecteurs ZD 2 déclencheurs compartimentage · désenfumage commandés dans la ZS sinistrée ZS 2 — mise en sécurité ZD 3 détecteurs ZD 4 déclencheurs chaque ZD doit pouvoir être inspectée rapidement (MS 55 § 3) Découpage proposé à la commission de sécurité dès la conception (article GE 2)

L’emboîtement imposé par l’article MS 55 : la zone de diffusion d’alarme (ZA) englobe les zones de mise en sécurité (ZS), qui englobent elles-mêmes les zones de détection (ZD). Les limites des trois familles ne coïncident pas forcément.

Qui doit être équipé d’un SSI de catégorie A ?

La règle d’or : partout où l’on dort, le SSI A s’impose. Le tableau récapitule les principaux cas fixés par les dispositions particulières — la commission de sécurité pouvant l’exiger ailleurs, après avis motivé, dans les configurations à risques.

ÉtablissementArticleExigence
Hôtels (type O)O 19SSI A pour tous ; détection dans les circulations des niveaux à sommeil, les chambres et les locaux à risques
Accueil de personnes âgées ou handicapées (type J)J 36SSI A partout, détection dans l’ensemble de l’établissement hors escaliers et sanitaires, alarme générale sélective, aucune temporisation
Santé avec hébergement (type U)U 44SSI A, détection généralisée hors escaliers et sanitaires, zonage calé sur les zones protégées
Enseignement avec internat (type R)R 31SSI A dès qu’il existe des locaux à sommeil, détection dans tous les locaux sauf douches et sanitaires, et dans toutes les circulations horizontales
Salles de spectacles (type L)L 15SSI A si plus de 3 000 personnes, ou dessous/fosse technique en 1re-3e catégorie
Salles de danse (type P)P 22SSI A en 1re catégorie, détection dans tous les locaux et dégagements accessibles au public ainsi que dans les locaux à risques importants
Bibliothèques (type S)S 16SSI A en 1re catégorie
Magasins (type M)M 30SSI B en 1re catégorie ; le SSI A « peut être exigé » après avis motivé de la commission
Principales exigences de SSI de catégorie A dans le règlement du 25 juin 1980 modifié (liste non exhaustive : voir les dispositions particulières de chaque type).
Cas concret. Réception technique d’un SSI A dans un établissement d’hébergement rénové. Les essais zone par zone révèlent qu’un détecteur de circulation commande le compartimentage… de la zone voisine : les listings de programmation du CMSI n’avaient jamais été confrontés au tableau de corrélation du cahier des charges fonctionnel. Trois allers-retours d’installateur plus tard, chaque zone de détection déclenchait enfin le bon scénario. La leçon tient en une phrase : dans un SSI A, on ne réceptionne pas des matériels, on réceptionne des corrélations — et elles doivent être écrites avant d’être programmées.

La coordination SSI, de la conception à la réception

Qui garantit la cohérence de l’ensemble ? La norme NF S 61-931 impose qu’une mission de coordination SSI préside à l’analyse des besoins de sécurité et à la conception du SSI, puis se poursuive lors de la réalisation et des modifications. Le coordinateur SSI établit le concept de mise en sécurité, rédige le cahier des charges fonctionnel (CCF) — catégorie du SSI, type d’équipement d’alarme, découpage en zones, scénarios, corrélations — suit les évolutions du chantier, dirige la réception technique et constitue le dossier d’identité du SSI (DISSI), mémoire du système exigée par la NF S 61-932.

Cette mission ne se confond ni avec la maîtrise d’œuvre, ni avec le contrôle technique, ni avec l’installation — notre article sur coordinateur SSI et bureau de contrôle détaille le partage des rôles. Sur un SSI de catégorie A, elle n’est pas un luxe : c’est elle qui transforme une addition d’équipements certifiés en un système dont chaque scénario a été pensé, écrit, testé. C’est le cœur de métier d’ATOM II en coordination SSI, en construction neuve comme en site occupé.

Entretenir et vérifier un SSI A

Trois rendez-vous rythment la vie du système. Le contrat d’entretien, d’abord : facultatif pour les petits équipements, il est obligatoire pour les SSI de catégories A et B (article MS 68), preuve transcrite au registre de sécurité. Les vérifications techniques, ensuite (article MS 73) : vérification avant mise en service par personne ou organisme agréé, vérification annuelle en exploitation, et vérification triennale par organisme agréé — les modalités suivent la norme en vigueur et incluent les essais fonctionnels de la détection. Notre article dédié à la vérification triennale du SSI en détaille le contenu. L’exploitant, enfin, s’assure chaque semaine du bon fonctionnement de l’installation (article MS 69) et forme son personnel à l’exploitation de l’alarme restreinte.

Un point de vigilance budgétaire : lorsqu’un désenfumage mécanique coexiste avec un SSI de catégorie A ou B, ses vérifications triennales passent aussi par un organisme agréé (article DF 10, § 3). Les échéances se planifient ensemble — c’est autant de visites groupées et de rapports cohérents entre eux.

Ce que ça implique pour vous

Maître d’ouvrage. Un SSI A se décide tôt : détection généralisée, CMSI, câblages résistants au feu et contrat d’entretien pèsent sur le budget d’investissement comme d’exploitation. Missionnez la coordination SSI dès la conception — la norme l’impose — et exigez un CCF visé avant le lancement des consultations.

Architecte et maîtrise d’œuvre. Le zonage se dessine sur vos plans : cohérence entre cloisonnements, zones de compartimentage et cantons de désenfumage. Chaque évolution de plan — une cloison déplacée, un local recoupé — peut invalider une corrélation : faites-la remonter au coordinateur SSI avant l’exécution.

Exploitant et préventionniste. Vos justificatifs en visite : contrat d’entretien, rapports de vérification annuelle et triennale, essais hebdomadaires tracés, personnel formé à l’alarme restreinte, DISSI à jour après chaque modification. Un SSI A mal documenté est le chemin le plus court vers l’avis défavorable.

Questions fréquentes

Quelle est la différence entre SDI et SMSI ?

Le SDI (système de détection incendie) regroupe détecteurs, déclencheurs manuels et équipement de contrôle et de signalisation : il détecte et localise. Le SMSI (système de mise en sécurité incendie) regroupe le CMSI et les dispositifs actionnés de sécurité : il exécute les fonctions de mise en sécurité. Dans un SSI de catégorie A, le premier pilote le second, sans temporisation.

Un SSI de catégorie A est-il obligatoire dans un hôtel ?

Oui. L’article O 19 impose un SSI de catégorie A dans tous les hôtels, avec détection des circulations des niveaux comportant des locaux à sommeil, des chambres et des locaux à risques particuliers. La détection d’une circulation y déclenche l’alarme, le compartimentage et, lorsqu’il est exigé, le désenfumage de la circulation concernée.

Qu’est-ce qu’un DAS en sécurité incendie ?

Un dispositif actionné de sécurité : un équipement qui, sur ordre du système, passe de sa position d’attente à sa position de sécurité — porte coupe-feu qui se ferme, clapet qui s’obture, exutoire qui s’ouvre, issue qui se déverrouille. Les DAS sont répartis par zones de mise en sécurité et commandés, en catégorie A, par le CMSI.

Le déclenchement des DAS peut-il être temporisé ?

Non. Lorsque la détection automatique commande les dispositifs actionnés de sécurité — cas du SSI de catégorie A — l’article MS 60 impose un déclenchement sans temporisation. Seule la diffusion de l’alarme générale peut être temporisée, dans la limite de cinq minutes et sous conditions de personnel (article MS 66).

Qui rédige le cahier des charges fonctionnel d’un SSI ?

Le coordinateur SSI, dans le cadre de la mission imposée par la NF S 61-931 dès la conception. Le CCF fixe la catégorie du SSI, le type d’équipement d’alarme, le découpage en zones, les scénarios de mise en sécurité et la procédure de réception : c’est le référentiel que les installateurs exécutent et sur lequel la réception technique se prononce.

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Références : articles MS 53 à MS 60, MS 66, MS 68, MS 69 et MS 73 du règlement de sécurité (arrêté du 25 juin 1980 modifié) ; articles O 19, J 36, U 44, R 31, L 15, P 22, S 16 et M 30 ; article DF 10 ; normes NF S 61-931, NF S 61-932, NF S 61-936 et NF S 61-970.