Alarme incendie en ERP : types 1 à 4, quel équipement pour quel établissement ?

Alarme incendie en ERP : types 1 à 4, quel équipement pour quel établissement ?

Visite de réception dans la cellule d’un centre commercial. L’équipement d’alarme est flambant neuf ; mais au fond des réserves, le signal est inaudible, et le déclencheur manuel de la sortie de secours se cache derrière un rayonnage. Deux observations, une contre-visite, trois semaines de retard d’ouverture. L’alarme incendie paraît simple ; c’est précisément pour cela qu’elle est si souvent mal traitée.

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Tout établissement recevant du public (ERP) doit pouvoir diffuser un signal d’évacuation. Mais entre la cloche autonome d’une boutique et le système à détection généralisée d’un hôtel, l’écart est considérable. L’article MS 62 du règlement de sécurité classe les équipements d’alarme en quatre types — 1, 2a ou 2b, 3 et 4 — et les dispositions particulières de chaque type d’établissement désignent le niveau exigé selon la catégorie. Les quatre types, leur correspondance avec les catégories de SSI, les règles d’installation et d’exploitation : c’est l’objet des sections qui suivent. De quoi déterminer — et défendre — le niveau d’alarme de votre établissement.

Alarme restreinte, alarme générale : le vocabulaire d’abord

Trois notions structurent le sujet, définies à l’article MS 61. L’alarme générale est le signal sonore — complété dans certains cas par un signal visuel — qui ordonne d’évacuer ; elle peut être immédiate ou temporisée. L’alarme restreinte est un signal distinct qui prévient uniquement le poste de sécurité, la direction ou le personnel désigné : quelque chose s’est déclenché, il faut aller voir. « Exploiter l’alarme restreinte », c’est vérifier s’il s’agit d’un déclenchement intempestif ou d’un sinistre et, dans ce dernier cas, déclencher immédiatement l’alarme générale.

Troisième notion, l’alarme générale sélective (article MS 63) : un signal limité à certaines catégories de personnel. Le texte ne retient que deux motifs, et il faut les citer tels quels : des précautions particulières d’évacuation imposées « soit en raison d’incapacités physiques, soit en raison d’effectifs très importants ». Le second est régulièrement oublié : l’alarme sélective n’est pas réservée aux publics alités. Le public n’entend rien ; le personnel formé engage le transfert des occupants. Ce vocabulaire dit déjà la logique des quatre types : plus l’établissement est sensible, plus le règlement veut d’intelligence entre le déclenchement et la diffusion.

Les quatre types d’équipements d’alarme (article MS 62)

L’article MS 62 renvoie à la norme des équipements d’alarme — la NF S 61-936 — qui les classe « en quatre types par ordre de sécurité décroissante, appelés 1, 2a ou 2b, 3 et 4 ». Précision utile du § 4 : les bâtiments d’un même établissement peuvent recevoir des types différents, sauf disposition contraire.

Type 1 : la détection en plus de l’homme

L’équipement de type 1 est celui d’un SSI de catégorie A : alimenté par des déclencheurs manuels et par la détection automatique d’incendie, il offre l’alarme restreinte, la temporisation, la gestion par zones de diffusion et, si besoin, l’alarme générale sélective. C’est l’équipement des locaux à sommeil et des configurations à risques.

Types 2a et 2b : la gestion sans la détection

Le type 2 conserve la logique centralisée — tableau de signalisation, alarme restreinte, temporisation possible — mais seuls des déclencheurs manuels l’alimentent. Le 2a s’appuie sur une unité de gestion d’alarme ; le 2b sur des blocs autonomes d’alarme sonore (BAAS) de type Pr. C’est l’équipement type des grands magasins et des 1re et 2e catégories sans sommeil.

Type 3 : des blocs autonomes interconnectés

Le type 3 associe déclencheurs manuels et BAAS de type Ma. Pas d’alarme restreinte ni de temporisation : l’action sur un seul déclencheur doit faire fonctionner tous les BAAS du bâtiment, et la mise à l’arrêt s’effectue depuis un seul point, réservé au personnel qui en a la charge (article MS 65, § 4).

Type 4 : le minimum réglementaire

Le type 4 peut être constitué « de tout dispositif sonore à condition qu’il soit autonome » : cloche, sifflet, trompe, BAAS de type Sa associé à un interrupteur (article MS 62, § 3). Minimum ne veut pas dire optionnel : le signal doit rester audible partout et le personnel doit savoir le déclencher.

Les quatre types d’équipements d’alarme, par ordre de sécurité croissante Équipements d’alarme : quatre marches de sécurité TYPE 4 dispositif autonome TYPE 3 DM + BAAS Ma interconnectés TYPES 2a / 2b DM + tableau alarme restreinte temporisation TYPE 1 détection incendie + DM + zones alarme restreinte temporisation alarme sélective SSI catégorie A Sécurité croissante (article MS 62 : « ordre de sécurité décroissante » 1 → 4)

Les quatre types d’équipements d’alarme de l’article MS 62. Seuls les types 1, 2a et 2b comportent une alarme restreinte et une temporisation ; seul le type 1 est alimenté par la détection automatique d’incendie.

Alarme et SSI : deux classements qui se répondent

L’équipement d’alarme constitue la partie « évacuation » du système de sécurité incendie (SSI), que l’article MS 53 classe en cinq catégories A à E. Les deux échelles se correspondent : un SSI de catégorie A embarque un équipement d’alarme de type 1, un SSI B un type 2a, les SSI C et D s’accompagnent d’un type 2b, un SSI E se contente d’un type 3 ou 4. Imposer « un SSI de catégorie A », c’est donc imposer la détection automatique et l’alarme de type 1 — et choisir un type d’alarme, c’est choisir une architecture de SSI, avec son coût d’installation et de maintenance. Notre article sur les catégories de SSI A à E détaille cette hiérarchie, et celui consacré au SSI de catégorie A décortique l’architecture SDI + CMSI.

Conséquence pratique souvent découverte trop tard : si un exploitant souhaite une temporisation alors que son établissement ne relève que d’un type 3 ou 4, l’article MS 62 (§ 2) impose d’installer au minimum un type 2a ou 2b — et d’en assumer toutes les contraintes, surveillance du tableau comprise.

Quel type d’alarme pour quel établissement ?

Première règle transversale : les locaux à sommeil appellent le type 1. Hôtels (article O 19), structures d’accueil pour personnes âgées ou handicapées (articles J 36 et J 37, avec alarme générale sélective), établissements de soins avec hébergement (articles U 44 et U 45) et internats (article R 31) doivent être équipés d’un SSI de catégorie A. Ailleurs, l’exigence suit la catégorie :

Type d’ERPArticleExigences d’équipement d’alarme
L — spectacles, réunionsL 16Type 1 en 1re cat. de plus de 3 000 personnes, et en 1re, 2e et 3e cat. comportant des dessous ou une fosse technique ; type 2b pour les autres 1re cat. ; type 3 en 2e cat. ; type 4 au-delà
M — magasins, centres commerciauxM 32Type 2a en 1re cat., 2b en 2e, 3 en 3e, 4 en 4e ; déclencheurs et diffuseurs dans le mail et les boutiques de plus de 300 m²
N — restaurantsN 18Type 3 en 1re et 2e cat. ; type 4 pour les autres
O — hôtelsO 19SSI de catégorie A pour tous, donc alarme de type 1
J — accueil personnes âgées/handicapéesJ 36, J 37SSI A et type 1 avec alarme générale sélective, sans temporisation
U — établissements de santéU 44, U 45Avec sommeil : SSI A, type 1 et alarme sélective ; sans sommeil : type 3
R — enseignementR 31SSI A si locaux à sommeil ; sinon type 2b (type 4 en 4e cat.)
S — bibliothèquesS 16SSI A en 1re cat., B en 2e ; type 2b pour les autres
T — expositionsT 49SSI B si service de sécurité exigé ; sinon type 2b (1re-2e cat.), 3 (3e), 4 (4e)
W — bureauxW 14Type 2b en 1re et 2e cat. ; type 3 en 3e ; type 4 en 4e
X — sportifs couvertsX 26Type 3 en 1re et 2e cat. ; type 4 pour les autres
Y — muséesY 21Type 2a en 1re cat. (avec sonorisation) ; type 4 pour les autres
Synthèse des exigences d’équipement d’alarme par type d’établissement (règlement du 25 juin 1980 modifié). Les aggravations décidées après avis de la commission de sécurité restent possibles.

En 5e catégorie, l’article PE 27 impose un système d’alarme à tous les établissements mais laisse le choix du matériel à l’exploitant, « qui devra s’assurer de son efficacité » : signal donné par bâtiment, audible de tout point pendant l’évacuation, sans confusion possible. Dès qu’il y a des locaux à sommeil, le régime se durcit — voir nos obligations de la 5e catégorie.

Cas concret. Dans un établissement d’enseignement, le gestionnaire projetait de transformer un étage en hébergement pour stagiaires. Sur le papier, quelques chambres ; au sens de l’article R 31, des locaux à sommeil : SSI de catégorie A obligatoire, détection dans tous les locaux et circulations, alarme de type 1 — là où l’existant se limitait à un type 2b. Budget alarme multiplié par cinq, dossier d’autorisation de travaux à reprendre. Et une règle qui se vérifie partout : le passage en « locaux à sommeil » est le déclencheur le plus coûteux du règlement ; il s’identifie au stade du programme, pas au dépôt du dossier.

La temporisation : cinq minutes maximum, sous conditions

Pourquoi temporiser ? Pour éviter d’évacuer un centre commercial entier sur un déclenchement intempestif. Le mécanisme est encadré par l’article MS 66 : le fonctionnement d’un déclencheur ou d’un détecteur provoque immédiatement l’alarme restreinte au tableau de signalisation ; l’alarme générale intervient ensuite automatiquement, au bout d’une temporisation réglable, avec un maximum de cinq minutes. Pendant ce délai, le personnel lève le doute ; une commande manuelle, au niveau d’accès I, permet de déclencher l’alarme générale sans attendre, par zone de diffusion.

La contrepartie est explicite au § 5 : la temporisation n’est admise « que lorsque l’établissement dispose, pendant la présence du public, d’un personnel qualifié pour exploiter immédiatement l’alarme restreinte ». Pas de personnel formé en permanence, pas de temporisation ; et si l’organisation change, la durée doit être adaptée, voire annulée. Les commissions vérifient de plus en plus ce point : qui est présent, à quel poste, avec quelle formation. Certains textes l’interdisent purement et simplement : en type J, toute temporisation est proscrite (article J 36, § 3).

Le processus d’alarme d’un équipement de type 1 ou 2 De la détection à l’évacuation (types 1 et 2) DÉCLENCHEMENT détecteur automatique (type 1) ou déclencheur manuel ALARME RESTREINTE immédiate, au tableau de signalisation (MS 66 § 2) LEVÉE DE DOUTE personnel qualifié présent en permanence TEMPORISATION RÉGLABLE — MAXIMUM 5 MINUTES (MS 66 § 3) commande manuelle possible à tout moment, par zone de diffusion (§ 4) ALARME GÉNÉRALE — ÉVACUATION signal audible partout + déverrouillage des issues (MS 60 § 2)

Le processus d’alarme des équipements de types 1 et 2 : alarme restreinte immédiate, levée de doute pendant la temporisation (cinq minutes au maximum), puis alarme générale. Sans personnel qualifié présent, pas de temporisation.

Les règles d’installation qui tombent en visite

L’article MS 65 concentre les points que les vérificateurs contrôlent mètre en main. Les déclencheurs manuels : dans les circulations, à chaque niveau, à proximité immédiate de chaque escalier et des sorties au rez-de-chaussée ; à environ 1,30 mètre du sol ; jamais dissimulés par un vantail de porte maintenu ouvert ; saillie limitée à 0,10 mètre. Les BAAS : hors de portée du public, par éloignement — 2,25 mètres minimum — ou par obstacle.

Côté signal, deux exigences montent en puissance. L’article MS 64 (§ 3) impose de compléter le son par un dispositif rendant l’alarme perceptible « en tenant compte des différentes situations de handicap » : des diffuseurs lumineux dans les sanitaires, vestiaires et locaux où une personne sourde peut se trouver isolée. Et l’article MS 67 (§ 2) interdit tout signal d’exploitation prêtant à confusion avec l’alarme générale — la sonnerie de fin de service qui ressemble au signal d’évacuation est une observation classique. Enfin, pour les types 1 et 2, le tableau de signalisation doit être installé hors d’accès du public et surveillé pendant les heures d’exploitation (article MS 66, § 1) : un tableau enfermé dans un local jamais regardé ne remplit pas la fonction. S’il existe un report d’alarme restreinte, le même paragraphe en borne la distance — le personnel doit pouvoir rejoindre le tableau assez vite pour exploiter l’alarme restreinte. Et en type 1, une règle de câblage passe souvent inaperçue jusqu’aux essais : chaque zone de diffusion comporte au moins une boucle de déclencheurs manuels, séparée des boucles de détecteurs automatiques, sauf dispositifs à localisation d’adresse capables de différencier les deux (MS 66, § 6).

Exploiter, entretenir, vérifier

Un équipement d’alarme se gère dans la durée. Pendant la présence du public, il est à l’état de veille général (article MS 67). L’article MS 69 impose à l’exploitant de s’assurer une fois par semaine au moins du bon fonctionnement de l’installation et des alimentations de sécurité, et de disposer d’un stock de petites fournitures — vitres de déclencheurs, fusibles, lampes.

L’article MS 67 (§ 3) ajoute l’exigence la moins coûteuse et la plus souvent manquante : le personnel doit être informé de la signification du signal d’alarme générale et de celui d’alarme générale sélective quand il existe, information « complétée éventuellement par des exercices périodiques d’évacuation » — dont les dates figurent désormais au registre de sécurité. Le même article admet, selon les dispositions particulières ou après avis de la commission, que le signal sonore soit entrecoupé de messages préenregistrés prescrivant clairement l’évacuation (§ 4). Côté entretien et vérifications, le régime est celui des SSI : contrat obligatoire en catégories A et B (MS 68), essai hebdomadaire, vérification annuelle et triennale par organisme agréé (MS 73). À la conception comme à la réception, la cohérence des zones de détection, de mise en sécurité et de diffusion relève de la mission de coordination SSI.

Ce que ça implique pour vous

Maître d’ouvrage. Le type d’alarme découle du classement et des locaux à sommeil : faites-le déterminer au stade programme, car passer d’un type 4 à un type 1 change l’économie du projet. Exigez que le niveau retenu figure noir sur blanc dans la notice de sécurité.

Architecte et maîtrise d’œuvre. Positionnez déclencheurs (1,30 m, chaque escalier, chaque sortie) et diffuseurs dès les plans d’exécution ; prévoyez les diffuseurs lumineux dans les locaux isolés ; en type M de 1re catégorie, la sonorisation permettant la diffusion phonique de l’alarme est obligatoire (article M 32, § 3).

Exploitant et préventionniste. Trois questions : le signal est-il audible partout, réserves comprises ? Le personnel sait-il exploiter l’alarme restreinte — et la temporisation est-elle encore justifiée ? L’essai hebdomadaire et le contrat d’entretien sont-ils tracés au registre ? Un audit sécurité incendie tranche ces trois questions avant la commission.

Questions fréquentes

Quelle alarme incendie pour un ERP de 5e catégorie ?

L’article PE 27 impose un système d’alarme dans tous les établissements de 5e catégorie, mais laisse le choix du matériel à l’exploitant, responsable de son efficacité : signal donné par bâtiment, audible de tout point pendant l’évacuation, sans confusion possible. En présence de locaux à sommeil, le régime bascule vers la détection automatique.

Quelle est la différence entre un équipement d’alarme 2a et 2b ?

Les deux reposent sur des déclencheurs manuels, une alarme restreinte et une temporisation possible. Le type 2a s’articule autour d’une unité de gestion d’alarme centralisée ; le type 2b s’appuie sur des blocs autonomes d’alarme sonore de type Pr. Le 2a correspond à un SSI de catégorie B, le 2b accompagne les SSI C et D.

La temporisation de l’alarme est-elle obligatoire ?

Non : c’est une possibilité offerte aux types 1, 2a et 2b, jamais une obligation. Elle n’est admise que si un personnel qualifié, présent pendant toute l’ouverture au public, peut exploiter immédiatement l’alarme restreinte (article MS 66, § 5). Maximum réglementaire : cinq minutes. Certains types l’interdisent, comme le type J.

À quelle hauteur installer un déclencheur manuel ?

À environ 1,30 mètre au-dessus du sol (article MS 65, § 1), dans les circulations, à chaque niveau, à proximité immédiate de chaque escalier et des sorties au rez-de-chaussée. Le déclencheur ne doit ni être masqué par un vantail de porte maintenu ouvert, ni présenter une saillie supérieure à 0,10 mètre.

Qui vérifie l’équipement d’alarme et à quelle fréquence ?

L’exploitant teste l’installation chaque semaine (article MS 69). Les installations sont vérifiées une fois par an en exploitation et, pour les SSI de catégories A et B, tous les trois ans par une personne ou un organisme agréé, ainsi qu’avant la mise en service (article MS 73). Le tout alimente le registre de sécurité.

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Références : articles MS 53, MS 61 à MS 69 et MS 73 du règlement de sécurité (arrêté du 25 juin 1980 modifié) ; articles L 16, M 32, N 18, O 19, J 36, J 37, U 44, U 45, R 31, S 16, T 49, W 14, X 26 et Y 21 ; article PE 27 (arrêté du 22 juin 1990 modifié) ; norme NF S 61-936 (équipements d’alarme).