Réhabilitation d’un commerce en rez-de-chaussée d’un immeuble. La notice de sécurité, rédigée dans les années 1990, exige un « bloc-porte CF ½ h » vers la réserve. L’entreprise, catalogue récent en main, livre une porte marquée « E 30 » : elle arrête bien les flammes, mais pas le rayonnement thermique. Le vérificateur refuse : E n’est pas EI, pare-flammes n’est pas coupe-feu. Commande à refaire, délai de fabrication, réception décalée — pour deux lettres mal lues.
Stable au feu, pare-flammes, coupe-feu : la terminologie française historique (SF, PF, CF) coexiste encore dans les textes ERP avec le classement européen de résistance au feu (R, E, I) introduit par l’arrêté du 22 mars 2004. L’infographie ci-dessous synthétise les trois fonctions, les correspondances ancien ↔ nouveau classement, les équivalences de durée et les exigences types du règlement de sécurité (articles CO de l’arrêté du 25 juin 1980 modifié). Vous trouverez ici les clés pour lire une exigence, distinguer résistance et réaction au feu, retrouver le bon degré selon l’élément concerné et justifier un classement devant un vérificateur ou une commission de sécurité.
Les trois fonctions de résistance au feu
R désigne la capacité portante (résistance mécanique sous charge), E l’étanchéité aux flammes et aux gaz chauds, I l’isolation thermique. Ces lettres se combinent — R, RE, REI — suivies de la durée en minutes (15, 30, 60, 90, 120). Le suffixe C signale une fermeture automatique (exemple : porte EI 30-C).
Derrière ces lettres, une logique physique. Un poteau qui plie, c’est l’effondrement : on lui demande R. Une paroi qui laisse passer les flammes par une fissure, c’est le feu qui saute dans le local voisin : on lui demande E. Une paroi étanche mais brûlante au dos, c’est l’inflammation à distance des matériaux qui la touchent : on lui demande I. C’est pourquoi une exigence « coupe-feu » (EI) est toujours plus sévère qu’une exigence « pare-flammes » (E) de même durée : elle cumule l’étanchéité et la limitation de l’échauffement de la face non exposée.
Trois questions suffisent à identifier la fonction attendue : porte-t-il, sépare-t-il, ou doit-il seulement arrêter les flammes ? La durée exigée dépend ensuite de l’article du règlement applicable.
Résistance ou réaction au feu : deux notions à ne pas confondre
Première source d’erreur sur le terrain : mélanger deux classements qui ne mesurent pas la même chose. La résistance au feu — l’objet de cet article — mesure le temps pendant lequel un élément de construction continue d’assurer sa fonction dans un incendie : c’est le domaine des SF/PF/CF et des R/E/I de l’arrêté du 22 mars 2004, éprouvés selon la norme NF EN 13501-2. La réaction au feu mesure la contribution d’un matériau comme aliment du feu : c’est le domaine des euroclasses A1, A2, B, C, D, E, F avec leurs indices s (fumées) et d (gouttelettes), issues de l’arrêté du 21 novembre 2002 et de la norme NF EN 13501-1, en coexistence avec les anciennes catégories M0 à M4.
Un moyen simple de s’y retrouver : la résistance au feu s’applique à des ouvrages (un mur, un plancher, un bloc-porte, une gaine), la réaction au feu à des matériaux (un revêtement mural, une moquette, un faux plafond). Une cloison peut ainsi être EI 60 (résistance) tout en portant un parement classé B-s2, d0 (réaction). Les deux familles d’exigences cohabitent dans le règlement : les articles CO pour la résistance des structures et parois, les articles AM pour la réaction des aménagements intérieurs — un chapitre entièrement réécrit à l’horizon 2027, comme nous l’expliquons dans notre analyse de la réforme 2026 des articles AM. Et l’article GN 12 rappelle l’obligation de fond : constructeurs, propriétaires, installateurs et exploitants doivent être en mesure de justifier, lors des visites de commission ou des vérifications techniques, que les matériaux et éléments utilisés ont un classement en réaction ou en résistance au moins égal à celui exigé.
Correspondances ancien ↔ nouveau classement
SF (stable au feu) correspond à R ; PF (pare-flammes) correspond à E (RE si l’élément est porteur) ; CF (coupe-feu) correspond à EI (REI si porteur). Les durées s’expriment désormais en minutes : SF ½ h = R 30, PF ½ h = E 30, CF 1 h = EI 60, CF 2 h = EI 120. Moyen mnémotechnique : ça porte → R ; ça arrête les flammes → E ; ça sépare deux volumes → EI.
| Ancienne dénomination | Fonction assurée | Euroclasse | Équivalences de durée | Exemples d’exigences (règlement ERP) |
|---|---|---|---|---|
| SF — stable au feu | Capacité portante | R | SF ½ h = R 30 · SF 1 h = R 60 · SF 1 h ½ = R 90 | Structures et planchers selon hauteur et catégorie (CO 12) |
| PF — pare-flammes | Étanchéité aux flammes et gaz chauds | E (RE si porteur) | PF ½ h = E 30 · PF 1 h = E 60 | Recoupement des circulations PF ½ h (CO 24) ; façades en vis-à-vis d’un tiers à moins de 8 m : PF 1 h (CO 8) ; toiture d’isolement PF ½ h (CO 7) |
| CF — coupe-feu | Étanchéité + isolation thermique | EI (REI si porteur) | CF ½ h = EI 30 · CF 1 h = EI 60 · CF 2 h = EI 120 | Paroi d’isolement latéral avec un tiers CF 2 h, 3 h si risques particuliers (CO 7) ; franchissement CF 2 h (CO 10) ; local à risques moyens CF 1 h, importants CF 2 h (CO 28) ; parois de compartiment CF ½ h à 1 h ½ selon la stabilité exigée pour la structure (CO 25) |
Une subtilité à connaître : la correspondance n’est pas une conversion automatique dans les deux sens. Un élément classé selon l’ancienne méthode (PV « CF 1 h ») reste valable pour justifier une exigence exprimée en CF ; un produit neuf est aujourd’hui classé R/E/I selon la norme NF EN 13501-2, et l’arrêté du 22 mars 2004 organise la lecture croisée des deux systèmes. Dans une notice ou un CCTP, écrivez l’exigence dans les deux langages (« CF de degré 1 h / EI 60 ») : vous éviterez l’aller-retour d’interprétation entre l’entreprise et le vérificateur.
Exigences types en ERP (articles CO)
Quelques repères du règlement de sécurité : structures porteuses (CO 12), façades (CO 19), couvertures (CO 18), isolement vis-à-vis des tiers — parois CF 2 h (CO 6, CO 8, CO 10), recoupement des circulations — PF ½ h (CO 24), parois de compartiment — CF ½ h à 1 h ½ selon le degré de stabilité au feu exigé pour la structure (CO 25), locaux à risques moyens — CF 1 h et à risques importants — CF 2 h (CO 28), conduits et gaines (CO 31), escaliers encloisonnés (CO 52), grandes cuisines (GC 9).
L’exigence la plus structurante est celle de l’article CO 12, qui fixe la résistance au feu des structures et planchers selon la hauteur du bâtiment et la catégorie de l’établissement. En simple rez-de-chaussée : structure SF ½ h et plancher CF ½ h, toutes catégories. Plancher bas du niveau le plus haut à 8 mètres au plus : SF/CF ½ h de la 2e à la 4e catégorie, SF/CF 1 h en 1re catégorie. Entre 8 et 28 mètres : SF/CF 1 h de la 2e à la 4e catégorie, SF/CF 1 h ½ en 1re catégorie. Au-delà de 28 mètres, on change de monde : c’est le régime des immeubles de grande hauteur. Les articles CO 13 à CO 15 organisent les exceptions (toitures, vides sanitaires, bâtiments en rez-de-chaussée), et le classement de l’établissement — type et catégorie — reste donc la donnée d’entrée de tout dimensionnement.
Les degrés exigés par l’article CO 12 pour les éléments principaux de structure : la hauteur du plancher bas le plus haut et la catégorie de l’établissement fixent le niveau.
Autres exigences que tout maître d’œuvre rencontre un jour : l’isolement latéral avec un tiers contigu, paroi CF de degré 2 heures, porté à 3 heures si l’un des bâtiments abrite une exploitation à risques particuliers (CO 7) ; le dispositif de franchissement de cette paroi, CF 2 h avec porte munie de ferme-porte ou à fermeture automatique (CO 10) ; la façade PF 1 h en vis-à-vis d’un tiers à moins de 8 mètres (CO 8) ; et le plancher séparant un ERP d’un tiers superposé, CF 1 h à 3 h selon la hauteur et le risque (CO 9). Ces configurations sont décrites une à une dans l’isolement d’un ERP par rapport aux tiers. Côté menuiseries, rappelez-vous la règle pratique : la porte vaut souvent la moitié du degré de la paroi — et ses exigences d’entretien sont récapitulées dans nos pages sur les portes coupe-feu.
Justifier un classement : PV d’essais, calculs et marquage CE
Une exigence de résistance au feu ne vaut que si elle est prouvée. La preuve de référence est le procès-verbal de classement délivré par un laboratoire agréé par le ministère de l’Intérieur, sur la base d’un essai conventionnel ; pour les configurations qui s’écartent du montage essayé, le laboratoire peut délivrer une appréciation adaptée. L’arrêté du 22 mars 2004 admet aussi la justification par le calcul, selon les méthodes des Eurocodes feu — courant pour les structures métalliques ou en béton. Enfin, pour les produits soumis au marquage CE, l’article GN 14 organise la reconnaissance des essais et certifications européens.
Sur le terrain, le point faible n’est presque jamais l’essai : c’est la traçabilité. L’article GN 12 impose de pouvoir justifier les classements « lors des visites des commissions de sécurité et lors des vérifications techniques ». En pratique, nous recommandons de constituer dès le chantier un classeur (physique ou numérique) rassemblant PV, appréciations et fiches techniques, rangé avec le registre de sécurité — le jour de la visite, la question n’est pas « la paroi est-elle coupe-feu ? » mais « pouvez-vous le prouver ? ».
Ce que ça implique pour vous
- Maître d’ouvrage : exigez que vos CCTP libellent chaque exigence dans les deux systèmes (« CF 1 h / EI 60 ») et que la remise des PV de classement soit une condition de réception des lots concernés.
- Architecte / maître d’œuvre : repérez sur les plans les parois à degré exigé (isolement tiers, locaux à risques, recoupements) et tenez un carnet des éléments résistant au feu ; c’est lui qui évitera qu’un percement de gaine anéantisse un CF 2 h.
- Préventionniste / exploitant : classez les PV et appréciations avec le registre de sécurité (obligation de justification de l’article GN 12) et contrôlez après chaque intervention que les rebouchages et calfeutrements ont restitué le degré d’origine.
Questions fréquentes
Quelle est la différence entre résistance au feu et réaction au feu ?
La résistance au feu mesure le temps pendant lequel un élément de construction (mur, plancher, porte) continue d’assurer sa fonction dans l’incendie : c’est le domaine des classements SF/PF/CF et R/E/I. La réaction au feu mesure la contribution d’un matériau comme aliment du feu : c’est le domaine des euroclasses A1 à F et des catégories M0 à M4, applicables aux revêtements et aménagements.
Que signifie EI 30-C sur une porte ?
E indique l’étanchéité aux flammes et aux gaz chauds, I l’isolation thermique, 30 la durée en minutes pendant laquelle ces critères sont tenus, et le suffixe C la fermeture automatique du bloc-porte. Une porte EI 30-C correspond à l’ancien « bloc-porte CF ½ h à fermeture automatique ».
CF 1 h est-il équivalent à EI 60 ?
Oui, c’est la correspondance usuelle organisée par l’arrêté du 22 mars 2004 : coupe-feu de degré une heure correspond à EI 60 (REI 60 si l’élément est porteur). De même, PF ½ h correspond à E 30 et SF 1 h à R 60. Les PV établis sous l’ancienne classification restent utilisables pour justifier les exigences correspondantes.
Peut-on encore écrire SF, PF ou CF dans une notice de sécurité ?
Oui. Le règlement de sécurité des ERP exprime toujours la plupart de ses exigences en SF/PF/CF, et les commissions de sécurité les manipulent quotidiennement. La bonne pratique consiste à doubler la mention (« CF 1 h / EI 60 ») pour faire le lien avec les classements des produits neufs, exprimés en R/E/I.
Comment justifier le classement d’une paroi existante sans PV ?
L’article GN 12 impose de pouvoir justifier les classements exigés. À défaut de PV d’origine, on reconstitue la composition de l’ouvrage (sondages, plans d’exécution) et on la fait valider par une appréciation de laboratoire ou une justification par le calcul. C’est long et coûteux : mieux vaut collecter et archiver les PV au moment des travaux.
Références : articles CO 6 à CO 12, CO 18, CO 19, CO 24, CO 25, CO 28, CO 31, CO 52, GC 9, GN 12 et GN 14 du règlement de sécurité du 25 juin 1980 modifié ; arrêté du 22 mars 2004 relatif à la résistance au feu des produits, éléments de construction et d’ouvrages ; arrêté du 21 novembre 2002 relatif à la réaction au feu ; normes NF EN 13501-1 et NF EN 13501-2.
⚠️ Document informatif non opposable. Seuls font foi les textes officiels en vigueur. Pour toute application à un projet, rapprochez-vous de votre coordinateur SSI ou du bureau de contrôle agréé.
