NF S 61-942 : Alarme menace
La norme française qui encadre la diffusion d’une alarme menace (attentat, intrusion armée) au travers du Système de Sécurité Incendie, sans jamais dégrader la fonction incendie.
Carte d’identité
NF S 61-942 (indice de classement S 61-942, ICS 13.220.20)
Décembre 2022, homologuée par décision du Directeur Général d’AFNOR en novembre 2022
Norme française homologuée, première édition (pas d’équivalent européen ou international à sa publication)
Systèmes de Sécurité Incendie (SSI) : terminologie et règles générales pour diffuser une alarme menace
Fiche SGDSN « Chaîne d’alerte face à une menace » (plan Vigipirate), NF S 61-931, NF S 61-932, NF S 61-936, NF S 61-970, NF C 48-150, NF EN 54-3/-11/-23/-24
À quoi sert cette norme
Depuis les attentats de 2015, les exploitants d’ERP cherchent à avertir leurs occupants d’une menace d’origine criminelle pour déclencher une évacuation ou un confinement. Beaucoup souhaitent s’appuyer sur l’infrastructure déjà présente : le SSI. Or un SSI est conçu pour la sécurité incendie, et un signal mal choisi ou une commande mal intégrée peut créer une confusion dangereuse entre « évacuer » et « se confiner ».
La NF S 61-942 fixe le cadre technique qui permet d’intégrer cette fonction « alarme menace » dans un SSI en respectant la chaîne d’alerte définie par le SGDSN, sans effet antagoniste avec la mission première du système. Elle définit les nouveaux constituants (diffuseur d’alarme menace DAM, diffuseur autonome DAMA, boîtier menace BM, unité d’alarme menace UAM) et les zones associées (zone d’alarme menace ZAM, zone de mise en sûreté ZMSu), puis décline les exigences selon la catégorie de SSI : catégories A et B d’un côté, C, D et E de l’autre.
Points clés
- Priorité incendie absolue. Les ordres de mise en sécurité incendie restent toujours prioritaires ; le déclenchement de l’alarme générale incendie arrête automatiquement la diffusion de l’alarme menace, et un processus menace ne peut pas être pris en compte tant qu’une évacuation incendie est en cours (art. 4.1.1 et 5.2).
- Deux sous-systèmes. La fonction repose sur un sous-système de collecte (boîtiers menace remontant vers l’ECS, le CMSI ou l’UAM) et un sous-système de diffusion (DAM, DAMA, ECSAV) ; un SSI peut n’intégrer que l’un des deux (art. 4.1.1).
- Un signal qui ne ressemble à aucun autre. Le son de l’alarme menace doit se distinguer du signal d’évacuation normalisé NF S 32-001, de l’alarme générale sélective et du Signal National d’Alerte (art. 3.9 et 3.10).
- Alarme générale ou sélective. La diffusion peut viser tout l’établissement ou seulement le personnel (signal lumineux, message codé) ; chaque forme constitue une zone d’alarme menace distincte, avec commande et signalisation séparées (art. 4.1.1).
- L’UAM, chef d’orchestre en catégories A et B. Fonction optionnelle du CMSI ou de l’ECS/CMSI, elle commande les DAM et l’ECSAV, se manœuvre au niveau d’accès I, surveille ses liaisons (dérangement signalé en moins de 100 secondes) et doit pouvoir diffuser pendant 5 minutes (art. 5.3.2).
- Des exclusions nettes. Un équipement d’alarme de type 4 ne peut pas diffuser l’alarme menace et les liaisons hertziennes ne sont pas admises pour cette fonction (art. 1).
- Catégories C, D et E. La fonction s’appuie sur des BAAS de type Pr ou Ma conformes à la NF C 48-150 (avec entrée dédiée aux boîtiers menace) ou sur des DAMA ; un défaut de ligne ne doit jamais déclencher la diffusion (art. 6.2).
- Pas de confusion visuelle. Le boîtier menace ne doit porter aucun marquage évoquant l’incendie et la commande UAM ne doit pas être rouge, pour rester distincte des fonctions incendie (art. 4.2.5 et 5.3.2.1).
Ce que ça implique pour votre projet
Tout part du plan de sécurité d’établissement (PPMS, plan de sécurisation d’un établissement de santé…), établi sous la responsabilité de l’exploitant : c’est lui qui définit les scénarios de mise en sûreté, les zones concernées et le rôle attendu du SSI. La norme est explicite : si ce plan prévoit d’utiliser le SSI, l’intégration doit être confiée au coordinateur SSI dès la phase de conception, au travers du concept de mise en sécurité et du cahier des charges fonctionnel (art. 4.1.2).
Concrètement, pour un maître d’ouvrage ou un exploitant : ne demandez jamais à un installateur d’ajouter « un bouton attentat » sur un SSI existant sans étude préalable. Il faut vérifier la compatibilité des matériels centraux (présence ou non d’une UAM), le raccordement des boîtiers menace (admis sur circuits de détection rebouclés pour les équipements d’alarme de type 2a, art. 5.4.1), le dimensionnement de l’alimentation électrique de sécurité et la vérification fonctionnelle finale au titre de la NF S 61-932. Si l’alerte menace est gérée par un système totalement indépendant du SSI, la norme ne s’applique pas, mais toute interaction avec le SSI doit être décrite au dossier d’identité et vérifiée fonctionnellement (art. 1).
Articulation avec les autres textes
La NF S 61-942 s’appuie sur le socle SSI existant : la NF S 61-931 pour les dispositions générales et les niveaux d’accès, la NF S 61-932 pour les règles d’installation du système de mise en sécurité, et la NF S 61-970 pour la collecte : un boîtier menace y est traité comme un point au sens de son article 7.3.2 (art. 5.4.1). Côté diffusion, elle renvoie à la NF S 61-936 pour les ECSAV, à la NF C 48-150 pour les BAAS et à la série NF EN 54 (parties 3, 23 et 24) pour les diffuseurs sonores et lumineux, avec des aménagements listés dans ses tableaux 1 à 3. Elle complète, sans le remplacer, le dispositif d’alerte défini par la fiche SGDSN du plan Vigipirate. Retrouvez l’ensemble de nos synthèses dans l’encyclopédie des normes SSI.
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