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Réaction et résistance au feu : M0-M4, Euroclasses, REI

Deux notions souvent confondues, deux logiques distinctes : la réaction au feu qualifie le matériau comme combustible, la résistance au feu mesure le temps pendant lequel un élément garde ses fonctions. Cette fiche pose les classements, les correspondances et leurs limites.

Deux notions à ne jamais confondre

La réaction au feu décrit la manière dont un matériau se comporte comme combustible : participe-t-il ou non au développement de l’incendie, dégage-t-il des fumées, produit-il des gouttes enflammées ? Elle s’applique aux revêtements, à l’agencement, au gros mobilier et à la décoration (art. AM 1). La résistance au feu, elle, ne concerne pas un matériau mais un ouvrage fini (mur, plancher, porte, clapet) : c’est son aptitude à conserver, pendant une durée donnée, sa stabilité et son rôle de barrière (art. CO 11). Un panneau peut donc être « incombustible » sans pour autant être « coupe-feu » : ce sont deux performances mesurées par des essais différents.

Réaction au feu : M0 à M4 et Euroclasses

La réglementation reconnaît deux classifications parallèles (art. AM 1, § 2). La première, française et historique, exprime des catégories de M0 à M4 (norme NF P 92-507). La seconde, européenne, exprime des classes (norme NF EN 13501-1), introduites par l’arrêté du 21 novembre 2002 modifié relatif à la réaction au feu des produits de construction et d’aménagement. C’est ce texte, et lui seul, qui régit officiellement le passage d’un système à l’autre.

Catégorie françaiseSignificationEuroclasse (correspondance indicative)
M0IncombustibleA1 ; A2 (avec faibles indices s et d)
M1Non inflammableB (ex. : B-s2, d0 relevé en catégorie M1 à l’art. AM 3)
M2Difficilement inflammableC (ex. : C-s3, d0 relevé en catégorie M2 à l’art. AM 4)
M3Moyennement inflammableD (ex. : D-s3, d0 relevé en catégorie M3 à l’art. AM 5)
M4Facilement inflammableE ; pour les sols, DFL-s2 relevé en catégorie M4 (art. AM 7)
Non classéSans performance établieF

Ce tableau n’est qu’une correspondance d’usage, pas une équivalence stricte 1 pour 1. Une Euroclasse n’est complète qu’assortie de ses indices de fumée et de gouttes (par exemple B-s2, d0) : c’est la combinaison entière qui détermine, selon l’annexe de l’arrêté du 21 novembre 2002, la catégorie française admise. Un même « B » pourra ainsi être accepté ou refusé en M1 selon ses indices s et d. Les revêtements de sol portent en outre le suffixe « FL » (floor) : A1FL, DFL, etc.

Les indices de fumée (s) et de gouttes (d)

L’indice s (smoke) qualifie l’opacité et le débit des fumées : s1 faible dégagement, s2 dégagement moyen, s3 dégagement non limité. L’indice d (droplets) qualifie les gouttes et débris enflammés : d0 aucune goutte enflammée, d1 gouttes s’éteignant rapidement, d2 gouttes non maîtrisées. Ces deux indices sont indissociables de la lettre : exiger « du B » sans préciser s et d n’a pas de sens réglementaire.

Réaction au feu : de M0 à M4 et correspondance Euroclasse Réaction au feu : classement M0 à M4 Plus sûr Moins performant M0 M1 M2 M3 M4 A1 / A2 B C D E incombustible non inflammable difficilement moyennement facilement + indices complémentaires : s (fumées) et d (gouttelettes ou débris enflammés) La correspondance M vers Euroclasse est indicative et non stricte.

Le classement M va de M0 (incombustible) à M4 (facilement inflammable) ; il se rapproche des Euroclasses A1 à E, mais cette correspondance reste indicative.

Résistance au feu : SF, PF, CF et le classement REI

La classification française historique distingue trois niveaux croissants d’exigence, encore employés dans le règlement de sécurité (art. CO 12) :

  • SF, stable au feu : l’élément conserve sa fonction porteuse, sa stabilité mécanique.
  • PF, pare-flammes : il reste stable et s’oppose au passage des flammes et des gaz chauds (étanchéité), sans exigence d’isolation thermique.
  • CF, coupe-feu : il est stable, étanche aux flammes et aux gaz, et limite l’échauffement de la face non exposée (isolation thermique). C’est le niveau exigé pour isoler des locaux ou des tiers.

La classification européenne repose sur trois critères combinables, qui forment le sigle REI :

  • R (résistance) : capacité portante, stabilité mécanique sous incendie.
  • E (étanchéité) : étanchéité aux flammes et aux gaz chauds.
  • I (isolation) : isolation thermique, limitation de la température sur la face non exposée.

La correspondance est directe : SF = R, PF = RE (ou E seul pour un élément non porteur), CF = REI (ou EI pour un élément non porteur, comme une cloison ou une porte). Le degré, autrefois exprimé en fractions d’heure, devient une durée en minutes accolée aux lettres, par exemple REI 60.

Degré françaisDuréeClassement européen
1/4 h15 minutesR, E, EI ou REI 15
1/2 h30 minutesR, E, EI ou REI 30
1 h60 minutesR, E, EI ou REI 60
1 h 1/290 minutesR, E, EI ou REI 90
2 h120 minutesR, E, EI ou REI 120

Où ces classements s’appliquent en ERP

Ces deux familles de performance structurent une grande part du règlement :

  • Revêtements et aménagements (chapitre AM). Les parois, plafonds et sols des locaux et dégagements doivent respecter des exigences de réaction au feu graduées : par exemple parois verticales des locaux en C-s3, d0 ou M2 (art. AM 4), plafonds en B-s3, d0 ou M1 (art. AM 5), sols en DFL-s2 ou M4 (art. AM 7), exigences renforcées dans les dégagements protégés (art. AM 3).
  • Structures et planchers (art. CO 12). Les éléments principaux de structure et les planchers relèvent de la résistance au feu, avec un degré fonction de la hauteur, du nombre de niveaux et de la catégorie de l’établissement : par exemple structure SF de degré 1/2 h et plancher CF de degré 1/2 h pour un établissement de faible hauteur, jusqu’à SF et CF de degré 1 h 1/2 pour une 1re catégorie élevée.
  • Portes, cloisons et parois d’isolement. L’isolement entre locaux à risques, entre l’ERP et des tiers, ou le long des dégagements repose sur des éléments PF ou CF (portes coupe-feu, blocs-portes), dont le degré doit être cohérent avec la paroi qui les porte.
  • Clapets et traversées. Le rétablissement du degré coupe-feu au franchissement des parois (gaines, conduits, clapets) garantit qu’une performance CF n’est pas ruinée par une pénétration : un clapet doit restituer le degré de la paroi traversée.

Réaction et résistance se complètent donc : la première limite la naissance et la propagation de l’incendie, la seconde tient le compartimentage le temps de l’évacuation et de l’intervention des secours.

Piège fréquent : confondre réaction et résistance conduit à des erreurs de prescription lourdes (exiger un « coupe-feu » sur un revêtement, ou un « M1 » sur une porte). Retenez que la réaction qualifie un matériau et la résistance un ouvrage. Deuxième vigilance : toute performance doit être justifiée par un procès-verbal d’essai ou un rapport de classement établi par un laboratoire agréé, portant sur l’usage final réel du produit. Ces PV ont une durée de validité limitée et sont attachés à une configuration de pose précise : un PV périmé, ou invoqué pour un montage différent, ne vaut pas justification.

Pour aller plus loin : consultez le glossaire de la sécurité incendie, l’outil de recherche dans le règlement de sécurité, et la fiche norme NF S 61-931 (SSI, dispositions générales).

Avertissement : cette fiche fournit une première orientation fondée sur le règlement de sécurité (arrêté du 25 juin 1980 modifié). Il ne remplace ni le texte officiel, ni l’analyse d’un préventionniste ou coordinateur SSI, ni l’avis de la commission de sécurité.

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