IT 246 : le désenfumage dans les ERP
L’instruction technique n° 246 est le texte d’exécution du désenfumage dans les établissements recevant du public. Cette fiche en résume la logique, les valeurs clés et les pièges rencontrés en mission de coordination SSI.
Carte d’identité
Instruction technique n° 246 relative au désenfumage dans les établissements recevant du public, annexée à l’arrêté du 22 mars 2004 (JORF du 1er avril 2004).
Texte du 22 mars 2004, mis à jour par l’arrêté du 22 novembre 2004 (JORF du 29 décembre 2004).
Tous les ERP soumis au règlement de sécurité du 25 juin 1980. L’IT précise les règles d’exécution du désenfumage défini au chapitre IV du titre Ier du livre II du règlement (articles DF), complétées le cas échéant par les dispositions particulières de chaque type.
Articles DF du règlement (objectifs rappelés à l’article DF 1), CO 7 (débouchés en couverture), CH 32 et CH 38 (réutilisation de la ventilation), AS 4 (locaux d’attente), GN 14, normes NF S 61-937, NF S 61-934, NF S 61-938 et NF S 61-932.
Ce que couvre le texte
L’IT 246 décrit des solutions réputées satisfaire trois objectifs : la mise à l’abri des fumées ou le désenfumage des escaliers, le désenfumage des circulations horizontales et celui des locaux accessibles au public (§ 1). Elle s’organise en huit chapitres : terminologie (§ 2), dispositions générales du désenfumage naturel (§ 3) puis mécanique (§ 4), solutions par type de volume (escaliers § 5, circulations § 6, locaux § 7) et prescriptions relatives aux approches d’ingénierie du désenfumage (§ 8), qui autorisent une alternative par simulation sous conditions strictes. Une annexe donne la table des taux α et les formules de calcul de la surface utile.
Points clés
- Deux principes. Le désenfumage naturel repose sur un balayage entre amenées d’air et évacuations de fumées communiquant avec l’extérieur (§ 3.1) ; le désenfumage mécanique associe extraction par ventilateur et amenées d’air naturelles ou mécaniques, éventuellement complétées d’une mise en surpression des espaces à protéger (§ 4.1).
- Trois surfaces à ne pas confondre. La surface géométrique est l’ouverture brute, la surface libre tient compte des obstacles, la surface utile intègre l’efficacité aéraulique. Pour un ouvrant, en l’attente d’essai, la surface utile s’obtient en appliquant un coefficient de 0,5 à la surface libre (§ 2).
- Notion de canton. Les locaux de plus de 2 000 m² ou de plus de 60 m de longueur sont découpés en cantons de désenfumage de 1 600 m² maximum et de 60 m de longueur maximale, délimités par des écrans de cantonnement (§ 7.1.2).
- Hauteur de référence et épaisseur de fumée. La hauteur de référence (H) est la moyenne des points haut et bas de la couverture ; l’épaisseur de la couche de fumée (Ef) vaut au moins 25 % de H si H ≤ 8 m, et 2 m au-delà. La hauteur libre de fumée reste au moins égale à la moitié de H, toujours au-dessus du linteau des portes et jamais inférieure à 1,80 m (§ 7.1.1 et 7.1.2).
- Surface utile d’évacuation. Locaux de 1 000 m² au plus : 1/200 de la superficie (§ 7.1.4 1°). Au-delà, la surface utile de chaque canton s’obtient en multipliant sa superficie par un taux α fonction de la classe du local (surfaces de feu conventionnelles de 9, 18 et 36 m² pour les classes 1, 2 et 3), de H et de Ef (annexe). Un coefficient d’efficacité e = (1 + ΔH/Ef)1/2 corrige les exutoires implantés au-dessus ou au-dessous de la hauteur de référence (§ 7.1.4 3°).
- Débits mécaniques. Le débit horaire d’extraction d’un local vaut au moins 12 fois le volume du canton, dans la limite de 3 m³/s pour 100 m², sans jamais descendre sous 1,5 m³/s par local ; un ventilateur peut desservir au maximum les bouches de deux cantons (§ 7.2.3). Les ventilateurs d’extraction tiennent 1 h avec des fumées à 400 °C ou sont classés F400 90 (§ 4.7.2).
- Escaliers : jamais d’extraction. Un escalier encloisonné est désenfumé par balayage naturel (exutoire de 1 m² en partie haute et amenée d’air de 1 m² en partie basse, § 5.1) ou, exceptionnellement, mis en surpression (20 à 80 Pa, vitesse de passage d’au moins 0,5 m/s à la porte du niveau sinistré, § 5.2).
- Commandes. Avec un SSI de catégorie A ou B, les commandes manuelles sont exclusivement réalisées depuis le CMSI conforme à la NF S 61-934 ; la commande automatique par la détection est doublée par l’UCMC (§ 3.6.2 et 3.6.3). En mécanique, la mise en route des ventilateurs est temporisée à 30 secondes au plus pour laisser les DAS se positionner (§ 4.8).
Tableau récapitulatif par volume
| Volume | Solution naturelle | Solution mécanique |
|---|---|---|
| Escalier encloisonné | Exutoire 1 m² en haut de cage + amenée d’air 1 m² en partie basse (§ 5.1) | Extraction interdite ; surpression 20 à 80 Pa, 0,5 m/s à la porte du niveau sinistré (§ 5.2) |
| Circulation encloisonnée | Bouches alternées, distance amenée-évacuation ≤ 10 m (7 m en parcours non rectiligne), 10 dm² par UP, toute porte à 5 m au plus d’une bouche (§ 6.1) | Distance ≤ 15 m (10 m non rectiligne), extraction ≥ 0,5 m³/s par UP, plafond 8 m³/s par circulation, ΔP < 80 Pa avec l’escalier (§ 6.2) |
| Local ≤ 1 000 m² | Surface utile = 1/200 de la superficie (§ 7.1.4 1°) | 12 volumes/h du canton, minimum 1,5 m³/s par local (§ 7.2.3) |
| Local > 1 000 m² | Cantons ≤ 1 600 m², surface utile = taux α × superficie du canton (annexe), 1 évacuation pour 300 m² (§ 7.1.3) | 12 volumes/h du canton, limité à 3 m³/s pour 100 m², 1 ventilateur pour 2 cantons maximum (§ 7.2.3) |
| Volume créé par communication entre 3 niveaux au plus | Évacuations à l’aplomb des trémies, calcul avec la hauteur totale du volume (§ 7.1.5) | Débits du § 7.2.3 sur l’ensemble du volume ou niveau par niveau avec écrans (§ 7.2.4) |
Ce que ça implique pour votre projet
Le désenfumage se conçoit tôt : le découpage en cantons conditionne la structure et les retombées, l’implantation des exutoires dépend de l’article CO 7 et des distances aux bâtiments tiers (4 m des baies, obstacles à distance au moins égale à leur hauteur, § 3.5), et les conduits doivent respecter section, dévoiements limités à deux et traînasses de 2 m au plus sauf justification par le calcul (§ 3.4). En phase conception, le coordinateur SSI vérifie la cohérence entre zones de désenfumage, scénarios de mise en sécurité et matériel (exutoires NF S 61-937, coffrets de relayage, réarmement possible depuis le sol de la zone, § 3.6.4). Une étude de désenfumage IT 246 permet de dimensionner surfaces utiles et débits avant consultation des entreprises, et l’approche d’ingénierie du § 8 reste possible pour les géométries atypiques, sous réserve d’un dossier d’hypothèses complet.
Erreurs fréquentes vues en mission
- Confondre surface géométrique, libre et utile, et oublier le coefficient 0,5 des ouvrants : la surface installée paraît suffisante, la surface utile ne l’est pas.
- Prévoir une extraction mécanique dans un escalier : l’IT ne connaît que le balayage naturel ou la surpression.
- Des traînasses horizontales de plus de 2 m sans justification de débit (§ 3.4.2).
- Des amenées d’air sous-dimensionnées : en naturel, leur surface libre totale doit au moins égaler la surface géométrique des évacuations du local (§ 7.1.4).
- Un réseau desservant plusieurs circulations d’un même niveau qui ne constituent pas une seule zone de désenfumage (§ 6.1 et 6.2).
- Une commande de désenfumage hors CMSI alors que l’établissement est équipé d’un SSI de catégorie A ou B (§ 3.6.2).
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